UN MOIS APRÈS , LA SITUATION EN CENTRAFRIQUE RESTE EXPLOSIVE

6 Janvier 2014 , Rédigé par LA CROIX.FR Publié dans #CENTRAFRIQUE INFOS

Un-mois-apres-la-situation-en-Centrafrique-reste-explosive_.jpgUn mois après le début de l’intervention française, la sécurité n’est pas rétablie en Centrafrique.

Cette crise évoque plus une guerre civile qu’une guerre de religion.

 

OÙ EN EST LA MISSION FRANÇAISE EN RÉPUBLIQUE CENTRAFRICAINE ?

Officiellement, la France a engagé 1 600 soldats en République centrafricaine (RCA). En réalité, on compte au moins 2 000 soldats (entre 20 % et 25 % sont des forces spéciales). De passage à Bangui, jeudi dernier, le ministre de la défense Jean-Yves Le Drian rappelait la mission :« Toutes les armes doivent disparaître pour que le processus politique puisse enfin retrouver une forme de sérénité. » Les Français patrouillent quotidiennement dans la capitale centrafricaine, escortent des convois, interviennent en cas d’accrochage. Le Quai d’Orsay espère organiser, comme au Mali, une élection présidentielle en 2014 afin de doter la Centrafrique d’un président et d’un gouvernement démocratiquement élus.

 Lire notre dossier sur la Centrafrique 

L’OPÉRATION EST-ELLE EFFICACE ?

En termes de désarmement, les procédures imposées par le haut commandement limitent considérablement l’action de l’armée française : les soldats ne sont pas autorisés à fouiller, par exemple, les maisons suspectes ou à désarmer les miliciens regroupés dans les cantonnements. Ainsi, beaucoup d’armes circulent, du couteau à la grenade en passant par les fusils mitrailleurs. Pour tous les militaires français interrogés, la situation est « volatile ». Dans ce climat, l’obsession du commandement français est d’éviter de « mettre le feu aux poudres », comme le disait le général Francisco Soriano, chef de l’opération Sangaris, la veille de Noël.

Depuis le début de l’opération, Bangui alterne des périodes violentes – attaques, règlements de comptes, lynchages – et des temps plus calmes. Peu d’informations circulent sur l’état du pays : « On évoque de nombreux “Oradour-sur-Glane” », a lancé un militaire français. Comme la sécurité n’est pas rétablie à Bangui, les Français ne peuvent pas se déployer en dehors de la capitale. Seul un détachement d’une centaine de Français se trouve à Bossangoa. Dans un pays aussi grand que la France et la Belgique réunies, les effectifs de l’armée française apparaissent très limités.

QUI SONT LES BELLIGÉRANTS ?

Le conflit oppose d’une part la Séléka, de l’autre, les anti-balaka (« anti-machette » en langue sango). La Séléka est composée de mouvements rebelles issus du nord-est du pays, une zone à majorité musulmane et marginalisée par Bangui. Depuis le début de sa rébellion, en décembre 2012, la Séléka pille, brûle et tue sur son passage, visant en premier lieu les chrétiens (environ 80 % de la population). Après avoir renversé François Bozizé à Bangui en mars 2013 et mis l’un des siens au pouvoir, Michel Djotodia, elle a poursuivi ses exactions dans la capitale centrafricaine jusqu’à l’intervention française, le 5 décembre. Dans cette coalition, on trouve des groupes habitués à ce genre de razzias contre les civils, comme les djandjawids du Darfour (Soudan) et les Zagawas du Tchad (l’ethnie guerrière du président Idriss Déby). Si la Séléka est majoritairement composée de musulmans, elle compte aussi dans ses rangs des rebelles chrétiens (environ 10 %).

Les anti-balaka sont au départ une constellation de milices villageoises apparues en septembre en réaction aux exactions de la Séléka. Elles sont issues en partie des Cocora et des Coac, deux milices formées et armées par François Bozizé en janvier 2013 pour lutter contre les avancées de la Séléka. Parmi les anti-balaka, on compte aussi des éléments des Forces armées centrafricaines (Faca, l’armée restée fidèle au président renversé François Bozizé). Les anti-balaka sont issus des populations du sud de la RCA. Pour l’immense majorité, ils sont chrétiens, principalement évangéliques (les catholiques représentent environ 25 % de la population).

EST-CE UNE GUERRE DE RELIGION ?

Cette crise évoque plutôt une guerre civile, aux dimensions multiples. Un premier clivage, historique, oppose les peuples marchands et nomades (communautés du nord, musulmanes), aux peuples agricoles (communautés du sud, chrétiennes). Historiquement, c’est du nord que partaient les colonnes venues razzier et rafler les esclaves dans le sud de la RCA.

À cela s’ajoute un arrière-plan politique. Depuis l’indépendance de la RCA, le pouvoir à Bangui a toujours été exercé par des politiciens « sudistes ». Jamais par des nordistes. La Séléka entendait renverser cette constante en installant un président issu du nord-est. Troisième facteur de violence, les coupeurs de routes, jeunes désœuvrés, petits voyous recrutés par les deux camps et qui en profitent pour piller, voler ou tuer.

Dans ce contexte explosif, la question religieuse participe à la cristallisation des oppositions, d’autant que des éléments l’ont permise. Ainsi, parmi les Séléka, on compte aussi des fondamentalistes musulmans (ils proviendraient du Darfour et du Nigeria). Et de son côté, François Bozizé a joué avec la rhétorique confessionnelle pour justifier son combat contre la Séléka. Il s’est converti à l’Église du christianisme céleste lors de son exil au Bénin dans les années 1980, et il est le fondateur de l’Église du christianisme céleste-Nouvelle Jérusalem en Centrafrique.

Pour autant, personne ne réclame la conversion de l’autre camp. Les responsables des trois grandes religions (protestants, catholiques et musulmans) unissent leurs voix pour apaiser les tensions et condamner les violences. Sur le terrain, on compte aussi de nombreuses initiatives qui s’opposent à cette dérive interreligieuse.

QUELS SONT LES RÔLES RESPECTIFS DE LA FORCE AFRICAINE ET DES PAYS VOISINS ?

Les pays limitrophes de la Centrafrique sont instables : Soudan, République démocratique du Congo, Tchad (voir la carte). Le rôle du président tchadien dans la crise centrafricaine semble capital. « Il a toujours considéré la RCA comme une colonie tchadienne », explique un ancien ambassadeur français en Afrique. Les Tchadiens ont porté au pouvoir François Bozizé en 2003. Ils l’ont lâché en 2012 avant de soutenir Michel Djotodia.

On compte des Tchadiens aussi bien dans la Séléka que dans la force africaine déployée en RCA (850 hommes sur 4 700). Cette force, devenue le 19 décembre la Mission internationale de soutien à la Centrafrique (Misca), agit sous la responsabilité de l’Union africaine. Ses effectifs proviennent de sept pays qui ont envoyé, ou sont sur le point de le faire, 850 hommes chacun : le Burundi, le Tchad, la Guinée équatoriale, le Cameroun, le Congo, le Gabon et bientôt le Rwanda. Si, sur le terrain, les Français se félicitent de la présence de cette force, elle manque parfois de cohérence, comme l’ont montré les incidents entre les Tchadiens et les Burundais, le 23 décembre.

QUELLE EST LA PROPORTION DE POPULATION DÉPLACÉE ?

L’ONU estime aujourd’hui à environ un million (sur 4,5 millions d’habitants) le nombre de Centrafricains ayant trouvé refuge dans la brousse, les camps de déplacés ou les camps de réfugiés aux frontières. À Bangui, l’Unicef a recensé 55 sites de déplacés, où vivent dans des conditions sanitaires désastreuses 370 000 personnes, soit près de la moitié des habitants de la capitale. Le nombre de déplacés ne cesse d’augmenter. Ils étaient environ 19 000 il y a un mois et seraient aujourd’hui 100 000, rien qu’autour de l’aéroport de Bangui. La sécurité n’étant pas rétablie, l’aide humanitaire parvient difficilement aux personnes hors de Bangui. Les convois sont attaqués, ce qui est arrivé, la semaine dernière, à un convoi du PAM sur la route de Bossangoa.

cartecentrafrque
LAURENT LARCHER

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