RÉPUBLIQUE CENTRAFRICAINE : L'INERTIE

25 Février 2013 , Rédigé par LES ECHOS Publié dans #CENTRAFRIQUE INFOS

1811640_3_d360_le-president-centrafricain-francois-bozize_6.jpgLe rationnel, la logique et le bon sens ne suffisent pas pour appréhender les raisons du délitement institutionnel et structurel du pays.

Ni son enclavement, ni les sempiternelles frictions interethniques, ni les faibles ressources actuellement exploitées n’expliquent l’incurable impéritie des gouvernements successifs depuis le Président Dacko, l’enlaidissement de "Bangui la coquette" ou le revenu moyen par habitant, l’un des plus faibles d’Afrique.

En nous faisant avocats du diable, nous pourrions exciper de quelques formes d’infortune imputables à la malchance, comme le HIV qui a décimé les rangs de plusieurs gouvernements, comme les débordements des rébellions congolaises sur le sol centrafricain, ou ceux des rebelles tchadiens au nord, comme le braconnage transfrontalier, comme le pillage des mines de diamant par des réseaux structurés, ou comme la parcimonie de l’aide internationale à cet état impécunieux. Mais l’exercice résisterait difficilement à l’analyse.

Quelques images viennent en effet interférer avec cette logique très occidentale. Celle d’un président empereur qui ambitionnait de devenir pharaon, d’abord. Celle de l’évaporation partielle, mais persistante des capitaux alloués par un certain nombre de pays amis, dont la France, pour régler parfois les salaires des fonctionnaires. Celle des moyens alloués au programme DDR (Désarmement, Démobilisation, Réinsertion) pour un résultat très décevant, 300 armes récupérées et environ 650 personnes réinsérées. Celle des lois régissant l’environnement des affaires, à la variabilité déconcertante. Celle aussi de l’indifférence patente des présidents successifs pour les régions éloignées de la capitale. Celle enfin d’une démocratie habillant gauchement des pratiques d’un autre siècle, comme en atteste la disparition pure et simple de Charles Massi, leader rebelle arrêté dont nul n’a de nouvelles depuis décembre 2009.

La République centrafricaine fait aujourd’hui face à deux fléaux persistants. Le premier par le nombre est sans conteste le vol. Dans la capitale, les écarts de train de vie abyssaux entre les nantis et la population du Kilomètre 5 constituent un pousse au crime permanent. Au point que certaines propriétés sont gardées par des pygmées, très discrets pendant la journée, mais dont les petits arcs aux flèches empoisonnées sont très dissuasifs. Par ailleurs, il n’est pas de propriété inviolable ou sacrée.

Quelques Européens se souviendront d’avoir été dévalisés pendant leur sommeil provoqué par des herbes soporifiques brulées devant les climatiseurs. La police est malheureusement impuissante devant l’ampleur du phénomène. Mais la vraie menace pour le gouvernement reste les rébellions, qui émanent de divers courants politiques, de groupes ethniques opposés au pouvoir actuel et qui grignotent ville après ville en s’approchant de l’épicentre du pouvoir, Bangui. Regroupés sous la bannière de la coalition "Sekela", les rebelles se sont emparés de Birao, Ndélé, Sam Ouandja, Bria qui abrite les gisements de diamants, Kabo et Ouadda. Leur chef, Michel Djokodia, semble vider une vieille querelle avec le Président en exercice, Bozizé.

Ces rébellions sont coutumières du pillage et entretiennent des coupeurs de route pour faire bouillir la marmite. Ce sont des pans entiers du pays qui ne peuvent plus accéder à la capitale pour vendre ou expédier le fruit de leur travail. Le gouvernement est aux abois et se tourne vers l’étranger pour trouver une solution au conflit.

Cet état des lieux affligeant ne doit pas masquer les ressources actuelles et potentielles du pays. Car le pays recèle bien des atouts. À commencer par un gisement de pétrole dans le nord-est, censément prometteur. Il produit de l’aluminium, de l’or, et un diamant de qualité. Son gisement d’uranium devra attendre une meilleure conjoncture pour qu’Areva en débute l’exploitation. Les légumes poussent facilement et Bouar produit d’excellentes fraises. Le Chari est riche en poissons, et son capitaine un régal. Les essences de bois rares sont sous exploitées, enclavement oblige.

Enfin, le pays est l’un des plus riches territoires de chasse et de safaris-photos du continent, et quelques espèces cynégétiques rares comme le Bongo, le Situtunga, le guib harnaché, les céphalophes et les gorilles profitent encore de la complicité de la forêt pour se reproduire. Mais les parcs naturels font l’objet d’un tel braconnage depuis des années que quelques espèces semblent condamnées par l’immobilisme des politiques.

S’aventurer hors de la capitale est fortement déconseillé. Le nord est sous influence des rebelles tchadiens soutenus par le Soudan. L’état, hyper centralisé sur Bangui, n’a procédé depuis 34 ans à aucune mesure lui permettant de renforcer son autorité sur les provinces. Le feu couve et le Soudan souffle sur les braises. Une intervention extérieure n’est pas à exclure.

 

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