RDC : Bemba jugé le 27 avril 2010

4 Décembre 2009 , Rédigé par Le journal des stars Publié dans #NOUVELLES D'AFRIQUE

Comme ça donc, il attendra (sagement ?) en prison son jugement prévu pour le 27 avril 2010. Ainsi en a décidé la Chambre d’appel de la Cour pénale internationale (CPI), avant-hier mercredi. Une décision qui annule une autre, celle des juges de la Chambre préliminaire 2, qui avaient ordonné, en août dernier, la liberté provisoire pour Jean-Pierre Bemba. « La Chambre d’appel a décidé que la décision de la première instance doit être inversée », avait en effet déclaré la juge Akua Kuenyehia.

Est brisé donc l’espoir du président du Mouvement de libération du Congo (MLC) de savourer la dinde de Noël, au chaud, entouré des siens. Depuis qu’il a été alpagué en août 2008, pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité en République centrafricaine entre 2002 et 2003, l’ancien chef de guerre est marqué à la culotte par la juridiction internationale. Un marquage serré qui suscite au sein de ses partisans au Congo et auprès de bien des Africains, indignation et mauvaise humeur. Ceux-ci sont persuadés que le pauvre Jean-Pierre Bemba est victime de l’acharnement du puissant procureur de la CPI, Luis Moreno-Ocampo qui serait prêt, lorsqu’il s’agit d’un Noir, d’aller le cueillir même s’il se terre en Enfer. En un mot comme en mille, ils accusent l’Argentin de racisme.

Ce sont les mêmes bêlements qui nous ont été sifflés à l’oreille lorsque la CPI a décidé de poursuivre le chef de l’Etat soudanais, Oumar El-Béchir, pour crimes de guerre et crime contre l’humanité au Darfour. Même les premiers dirigeants du continent noir, dont les pays sont pourtant Etats parties de la Cour, sont montés sur leurs chevaux à Syrte, en Lybie, pour que cessent les poursuites contre un des leurs. Mais revenons au cas du célèbre prisonnier de la Haye, pour nous demander de savoir si ses miliciens n’ont pas commis les pires atrocités en territoire centrafricain ?

Y ont-ils, oui ou non, assassiné des populations civiles ? Y ont-ils, oui ou non, pillé des biens ? Y ont-ils, oui ou non, commis des viols ? A toutes ces questions troublantes, les enquêtes internationales ont été unanimes et formelles : les warriors du MLC ont semé mort et désolation, et laissant sur leur passage vallées de sang et de larmes. Certes, jusque-là présumé coupable, l’ex-sénateur congolais a droit à bien des commodités judiciaires, comme, justement, le droit à la liberté provisoire. Mais cette faveur circonstancielle, selon les règles de la justice, ne s’octroie que sous certaines conditions.

Dans son argumentaire contre la libération provisoire de Jean-Pierre Bemba, la Chambre d’appel avait estimé que « la Chambre préliminaire 2 avait mal évalué et n’avait pas tenu compte des faits pertinents pour conclure que l’évolution substantielle des circonstances justifiait la mise en liberté provisoire de JPB ». En de mots moins sibyllins, la Chambre d’accusation fait allusion à des risques de fuite du prévenu. Craintes d’autant plus sérieuses que les services de renseignements néerlandais avaient été informés d’une tentative d’évasion du prisonnier de luxe de Scheveningen.

De plus cette liberté provisoire est assortie d’une autre condition : la disponibilité d’un pays à accueillir le prévenu. Hélas, aucun Etat n’a voulu voir débarquer le coli encombrant sur ses terres. Est-ce, ça aussi, la faute du procureur Luis Moreno-Ocampo ? Que tous ceux qui crient à de l’acharnement raciste de la CPI, à chaque fois qu’un Noir est épinglé, oui, que tous ces beaux esprits-là aillent mieux se pourvoir.

Par Alain Saint Robespierre, l’Observateur

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