Diplomatie : Le ton monte entre la France et la Guinée

11 Décembre 2009 , Rédigé par Le Figaro Publié dans #NOUVELLES D'AFRIQUE

20081226135525cptcamara203.jpgConakry, qui accuse Paris de vouloir préparer un coup d'Etat, a voulu fouiller mardi la voiture de l'ambassadeur français dans le pays. Le Quai d'Orsay proteste.

Entre la France et la Guinée, la tension est palpable. Paris ne décolère pas après l' incident survenu entre des militaires et son ambassadeur français à Conakry. Lundi matin, le diplomate aurait fait l'objet d'un contrôle plutôt «musclé». Selon des sources diplomatiques, des militaires guinéens ont stoppé son véhicule pour le fouiller alors qu'il se rendait avec son épouse à l'aéroport. Les gardes du corps de l'ambassadeur auraient même dû s'allonger sur le sol, sous la menace de lance-roquettes.

«Notre ambassade a officiellement protesté auprès du ministère guinéen des Affaires étrangères contre ces manières de procéder et contre ce qui constitue une tentative délibérée de violation de la convention de Vienne de 1961 sur les relations diplomatiques», a annoncé mercredi le porte-parole du Quai d'Orsay, Bernard Valéro.

Cet incident s'inscrit dans un contexte de raidissement entre Paris et son ancienne colonie. La junte a accusé mardi la France d'avoir voulu préparer un coup d'Etat en Guinée. Selon le porte-parole du pouvoir, Paris serait impliqué dans la tentative d'assassinat de l'homme fort du pouvoir, le capitaine Moussa «Dadis» Camara, le 3 décembre. Pour Idrissa Chérif, l'ambassade de France pourrait même héberger cet aide de camp accusé d'avoir blessé le leader de la junte, Aboubacar «Toumba» Diakité. «Je ne dis pas qu'il se cache là-bas. Je dis que c'est possible. Je dis que les Français sont coupables, les services secrets français sont impliqués dans cette affaire», a-t-il ajouté.

 

«Des rumeurs absurdes»

Idrissa Chérif, s'est même fait plus précis devant un groupe de journalistes français. Pour lui, Bernard Kouchner et la diplomatie française chercheraient actuellement à renverser la junte en appuyant ses opposants. «Nous allons faire passer [les individus arrêtés] à la télévision et ils vont expliquer comment ça a été organisé», a-t-il lancé.

Le Quai d'Orsay a balayé ces accusations. «Ce sont des rumeurs absurdes que nous démentons énergiquement, il n'y a pas de temps à perdre en polémiques stériles», a déclaré Bernard Valéro, réaffirmant la volonté française d'une «transition pacifique et démocratique en vue des élections».

Mais une semaine après l'attaque par balle dont a été victime le chef de la junte, la perspective d'une élection s'éloigne. Les militaires ont suspendu mardi leur participation aux négociations de Ouagadougou sur l'avenir politique du pays. Il faut dire que dans le pays, les rumeurs vont bon train sur l'état de santé de Moussa «Dadis» Camara, qui n'est pas réapparu depuis son agression. Soigné au Maroc pour une blessure à la tête, l'homme fort du pays aurait subi une intervention chirurgicale, mais n'était toujours pas en état de communiquer lundi.

Dans le même temps, la traque se poursuit à Conakry pour retrouver «Toumba», son présumé agresseur. Les militaires à sa recherche auraient semé la terreur lundi dans la banlieue de la capitale. Selon plusieurs témoins, les redoutés «bérets rouges» auraient tiré sur un marabout et procédé à plusieurs arrestations. Une vidéo diffusée sur le site de France 24 montre également un responsable de la sécurité ligoté et escorté sans ménagement par des militaires. La chasse aux traîtres est lancée.

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