CONTRIBUTION CITOYENNE : UNE PROPOSITION IMPOPULAIRE POUR UN SOULÈVEMENT POPULAIRE EN CENTRAFRIQUE (JUSTIN NDEMA)

27 Novembre 2012 , Rédigé par Justin Ndema - Publié dans #CENTRAFRIQUE INFOS

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Nous venons d’apprendre que l’exécutif centrafricain vient de soumettre au parlement l’application d’une imposition appelée « contribution citoyenne ». Cette initiative, semble-t-il, a pour dessein de soutenir l’effort budgétaire de ce pays en pleine dérive économique. Cette information nous a donc réveillé de notre sommeil patriotique et comme Centrafricain, nous voulons dire ici ce que nous en pensons.

Nous commençons tout d’abord par qualifier une telle proposition d’impopulaire, qui n’a pour seul objectif que de pérenniser la souffrance du peuple centrafricain, un peuple qui vit en dépit de son aise, déjà son martyre au quotidien, avec exaspération et impuissance. Quel sacrifice voudrait-on encore demander à ce peuple abandonné au cœur de l’Afrique noire, dans la forêt équatoriale ? Cette proposition nous fait penser du coup à la capitatio (capitation : taxe par tête) qui existait dans la Rome antique. Les Centrafricains et Centrafricaines seraient-ils prisonniers chez eux ? Cette proposition à notre avis ne jouera pas le rôle d’un bâton magique avec lequel tous les problèmes économiques de la Centrafrique seront résolus. Quand bien même le peuple aurait fait ce sacrifice, cela n’aurait été qu’une manne tombée du ciel prête à être happée par les vampires financiers de la république bananière. La solution à nos problèmes économiques est à chercher ailleurs que dans le supplice à imposer à une population qui vit déjà dans l’abjection totale. Nous souhaitons que ceux et celles qui doivent se prononcer sur cette proposition impopulaire se laissent guider par la sagesse. Nous voudrions bien que nos chers élus quittent leurs luxueux sièges de l’hémicycle où ils sont perchés, descendent de leur piédestal et qu’ils marchent dans les rues, les ruelles, les sentiers de Bangui, de nos villes et de nos villages pour toucher des bouts du doigt l’inacceptable souffrance de ce peuple à qui l’on veut encore imposer un lourd fardeau, et dont ils sont sensés défendre. Plus de 88% des Centrafricains vivent en-dessous d’1 dollar par jour. Nombreux sont aussi ceux et celles qui attendent leurs pensions, leurs bourses, leurs arriérés de salaire, etc. Mais à quel Centrafricain  ou à quelle Centrafricaine voudriez-vous demander ce chemin de Golgotha ?

Au lieu d’une capitation à imposer injustement aux Centrafricains et aux Centrafricaineslink, nous pensons que le gouvernement ferait mieux de commencer par assainir ses propres finances. Cela suppose qu’il y ait une rigueur. Cette rigueur doit s’appliquer à la destination et à la répartition équitable des valeurs ajoutées perçues lors des transactions et des échanges devant renflouer les caisses de l’État. Qu’attendez-vous pour exploiter le pétrole à l’instar de tous les pays qui entourent la Centrafrique ? Où va l’argent du diamant et de l’or, biens communs devant bénéficier à tous les fils et filles de Centrafrique ?

Nous sommes persuadé que cette soit disant « contribution citoyenne » reste un vrai leurre à l’heure où nos compatriotes mènent une existence larvée, en-dessous du seuil de l’acceptable. Cette proposition impopulaire, à notre avis, risque de provoquer un soulèvement populaire. Par patriotisme et par solidarité à ce peuple déjà sacrifié, veuillez retirer cette proposition impopulaire.

 

Fr. Justin NDEMA, op.

Théologien systématicien et philosophe centrafricain

http://ethos-centrafricaine.over-blog.com/

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