CENTRAFRIQUE : POURQUOI LA FRANCE VA INTERVENIR ?

24 Novembre 2013 , Rédigé par BFMTV Publié dans #CENTRAFRIQUE INFOS

803642.jpgLa France va lancer une opération militaire en République Centraficaine dans les prochaines semaines. Depuis la chute du régime Bozizé en mars dernier, l'ancienne colonie française est au bord du chaos.

La France attend le feu vert du Conseil de sécurité de l’ONU avant de passer à l’action. "C’est une question de semaines, peut-être même de jours" confie une source militaire au Parisien ce vendredi.

Mercredi matin à l’Elysée, le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian avait présenté les options militaires de l’intervention en Centrafrique: entre 800 et 1.200 hommes devraient renforcer le contingent de 400 militaires déjà en place à Bangui, dans le cadre de l’opération Boali.

Pourquoi la France s’apprête-t-elle à intervenir militairement dans son ancienne colonie, coincée entre le Soudan, le Tchad et le Cameroun? BFMTV.com fait le point.

> Pourquoi la France va-t-elle intervenir?

Depuis le renversement le 24 mars dernier du régime de François Bozizé par Michel Djotodia, à la tête de la coalition rebelle Séléka qu'il a ensuite dissoute, la Centrafrique est au bord du chaos. "Il n’y a plus d’Etat, il n’y a plus d’ordre", affirme un diplomate ce vendredi dans les colonnes du Parisien.

Dans ce contexte, le président François Hollande a affirmé jeudi qu’il s’agissait "d'accompagner les Africains pour qu'ils assurent eux-mêmes leur sécurité". Sur le plateau de France 2, le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius a souligné que "si les choses ne sont pas remises en ordre, il y a un risque de dissémination à partir de foyers terroristes".

> Que se passe-t-il sur le terrain?

Les antagonismes dans le pays sont plutôt ethniques que religieux, sur fond de conflits traditionnels entre éleveurs nomades musulmans et paysans sédentaires, essentiellement chrétiens. Les exactions d'hommes armés issus de l'ex-rébellion et se revendiquant de confession musulmane ont provoqué en septembre et octobre des explosions de violences au sein de certaines populations, en majorité chrétiennes.

S'en est suivi un cycle de représailles et contre-représailles meurtrières entre milices d'auto-défense et ex-rebelles. Ces violences ont provoqué la fuite de dizaines de milliers de villageois chrétiens et musulmans. Elles se concentrent essentiellement dans le nord-ouest, avec comme épicentre la région de Bossangoa, et font craindre des massacres à grande échelle de part et d'autre.

A Bangui, où les armes de guerre prolifèrent, la situation est bien différente, avec une multiplication récente d'actes de banditisme, meurtres, vols... Ailleurs dans le pays, des régions entières sont coupées de tout, immenses trous noirs où la population est abandonnée à elle-même. L'administration a disparu depuis des années, il n'y a pas de télécommunications et le réseau routier est à l'abandon.

> La Centrafrique est-elle "au bord du génocide"?

Mardi, le département d'Etat américain a fait état d'une situation "pré-génocidaire" dans le pays, suivi jeudi par la phrase choc de Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères, sur le plateau de France 2: "Le pays est au bord du génocide".

Les termes utilisés sont très forts, au sujet d’un continent hanté par le spectre du génocide du Rwanda. Selon Roland Marchal, du Centre d'études et de recherches internationales, interrogé par Le Monde, ils ne correspondent pas tout à fait à la réalité: "Ça permet d'attirer l'attention, mais le moyen est discutable. Depuis le Darfour, il y a une banalisation du terme 'génocide'. Derrière tous ces crimes, il n'y a pas de projet, mais une montée du banditisme de grand chemin. Les violences intercommunautaires ont déchiré le peu de tissu social qui restait. Cela peut tuer beaucoup de gens, ça n'en fait pas un génocide."

> Quel est le projet militaire français?

Le projet initial français est de frapper fort, puis de passer le relais aux Africains. Selon L’Opinion, l’opération devrait permettre de sécuriser les grands axes routiers notamment en direction du Cameroun et du Tchad, indispensables à la vie économique de cette enclave du centre de l’Afrique Subsaharienne, notamment en direction du Cameroun et du Tchad.

Ensuite, les forces françaises devraient apporter un renfort aux 3.600 soldats de l’Union africaine, ou à celles de la Misca (Casques bleus) qui devrait prendre le relais le 19 décembre prochain pour tenter de canaliser les groupes les plus violents.

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