CENTRAFRIQUE : APRÈS DES COMBATS , UN CALME PRÉCAIRE RÈGNE À BANGUI

25 Décembre 2013 , Rédigé par LE MONDE .FR Publié dans #CENTRAFRIQUE INFOS

803642-copie-1.jpgUn calme précaire régnait, mercredi 25 décembre dans la soirée, à Bangui, la capitale centrafricaine, plongée dans l'obscurité. Après de multiples incidents et tirs intermittents au cours de la matinée dans plusieurs quartiers de la capitale, les tirs se sont concentrés et intensifiés au fil de la journée, progressant vers l'aéroport et le centre-ville plus au sud. Ces tirs ont cessé progressivement avec la tombée de la nuit.

Une dizaine de véhicules blindés français se sont déployés, dans l'après-midi, devant l'entrée de l'aéroport de Bangui, déjà sécurisé par les soldats français en position de combat derrière leurs sacs de sable, tandis que des tirs dans les quartiers voisins provoquaient la fuite de centaines de personnes. Plusieurs véhicules du contingent tchadien de la Misca, 4 × 4 et blindés, sont sortis de l'aéroport et ont pris la direction du centre-ville.

 

Ces tirs, d'origine indéterminée, se sont intensifiés vers 15 h 15 heure locale, pour descendre vers le sud et se rapprocher de l'aéroport international, où sont basés les militaires français de l'opération Sangaris et de la force africaine (Misca). Ces tirs d'armes automatiques, notamment de mitrailleuses lourdes, ne visent apparemment pas l'aéroport mais se déroulent à peine à 1 kilomètre, dans les quartiers voisins. Dans ces quartiers, des centaines d'habitants paniqués fuyaient vers le sud, en direction du centre-ville. Au cours de la journée, les rues et grandes avenues de Bangui se sont littéralement vidées, les habitants restant cloîtrés chez eux.

 

Près d'un millier de personnes ont été tuées en Centrafrique depuis le 5 décembre, à Bangui et en province, dans des attaques des milices d'autodéfense chrétienne « anti-balaka » et les représailles des combattants de l'ex-rébellion Séléka, qui a pris le pouvoir en mars 2013. Ces violences ont précipité l'intervention militaire française, au côté de la force africaine Misca.

 

REDÉPLOIEMENT DU CONTINGENT TCHADIEN

 

Le contingent tchadien de la Misca, mis en cause dans plusieurs incidents récents à Bangui et accusé de complicité avec l'ex-rébellion Séléka, va être redéployé dans le nord du pays dans les prochains jours.

 

Cette annonce intervient alors que l'attitude des 850 soldats tchadiens (sur les 4 000 au total de la Misca) suscite des interrogations grandissantes depuis plusieurs jours, et un ressentiment croissant chez de nombreux Banguissois, qui voient en eux les « complices » des ex-rebelles Séléka, coalition de groupes armés à dominante musulmane venus du nord du pays et qui a pris le pouvoir en mars 2013.

 

Des échanges de tirs ont en effet opposé lundi différents groupes de soldats de la paix. Le chef du contingent burundais de la force africaine a révélé que ses hommes avaient été la cible de soldats tchadiens, avec tirs d'armes automatiques et jet de grenade. Les Tchadiens, dont trois ont été blessés, ont été repoussés « sans aucun problème » par les militaires burundais qui ont indiqué n'avoir « aucune responsabilité dans ces incidents ». Le matin même, une patrouille tchadienne avait brièvement ouvert le feu, sous les yeux des journalistes, sur des manifestants anti-Séléka devant l'aéroport, faisant un mort.

 

Traditionnellement très influent en Centrafrique, le Tchad du président Idriss Déby Itno est le premier partenaire de la France dans ses efforts pour rétablir la paix dans le pays. La défiance croissante des Centrafricains envers le contingent tchadien complique encore un peu plus la tâche des militaires français.

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