Centrafrique : Adieu à André Kolingba

16 Février 2010 , Rédigé par Jeune Afrique Publié dans #CENTRAFRIQUE INFOS

DSCF0009.jpgL’ancien président de la République centrafricaine est décédé le 7 février, à 73 ans.

Les partisans du Rassemblement démocratique centrafricain (RDC) étaient convaincus qu’il serait leur candidat à la prochaine présidentielle, prévue cette année. Mais le sort en a décidé autrement : André Kolingba a été emporté par un cancer de la prostate, le 7 février à Paris.

Né à Bangui en 1936, il fut avant tout un militaire. Entré dans l’armée française en 1954, il est formé à Brazzaville (Congo) puis, en France, à l’École des officiers d’active de Fréjus et à celle d’application des transmissions de Montargis. Est-ce son niveau de formation qui inquiète l’empereur Bokassa Ier au point qu’il le nomme ambassadeur au Canada et en Allemagne de l’Ouest ? Toujours est-il qu’à la chute de Bokassa, en 1979, son successeur, David Dacko, nomme Kolingba chef d’état-major des armées. Le 1er septembre 1981, le général chasse Dacko du pouvoir, même si d’aucuns affirment qu’il s’agissait d’une démission.

Kolingba n’a qu’une envie : redorer le blason d’un pays ubuesque. Mais il commence par confisquer les libertés, à peine restaurées. Comme ses prédécesseurs, il n’échappe pas à la tutelle de Paris, dont il semble être la nouvelle marionnette. Kolingba s’est en effet attaché les services d’un officier français, le colonel Mansion, arrivé à Bangui dans le cadre de la coopération. C’est lui qui, en 1982, le sauve lorsque François Bozizé, ministre de l’Information, et Ange-Félix Patassé tentent de prendre le pouvoir. Mansion, qualifié de proconsul, est, dit-on, le véritable maître du pays. Pour beaucoup de Centrafricains, c’est ce coup d’État raté qui a conduit le général à une vision tribale des institutions comme l’armée et l’administration.

En 1991, sous la pression de la rue, il accepte le multipartisme, qu’il avait interdit. Et c’est Patassé qui ­remporte la présidentielle de 1993. Arrivé quatrième, Kolingba s’incline. Mais en mai 2001 il est mêlé à une tentative de putsch contre Patassé. Exilé en Ouganda, il revient en Centrafrique en 2003 après avoir été amnistié par Bozizé. En 2005, il est troisième à la présidentielle. Ses compatriotes retiendront sans doute une chose d’André Kolingba : le courage d’avoir demandé pardon pour ses erreurs.

 

LES HOMMAGES D'OLIVIER GABIRAULT À ANDRÉ KOLINGBA

 

                   HOMMAGES AU PRESIDENT ANDRE KOLINGBA

 

Excellence Monsieur l’Ambassadeur,

Honorable veuve Mireille KOLINGBA,

Distingués invités,

Mesdames, Messieurs,

Chers compatriotes,

 

C’est avec une très vive émotion que j’ai appris le décès de l’ancien Président de notre pays, le Général d’Armée André KOLINGBA.

La tristesse qui a suivi l’annonce de cette mort est générale et montre à quel point le peuple centrafricain a ressenti cette grande perte.

 

Le Président KOLINGBA était un grand homme d’Etat, plein d’humanisme.

Il était profondément épris de paix, de justice, et très attaché à l’unité nationale.

 

L’autosuffisance alimentaire qui a donné des résultats tout à fait remarquables  dans la vie quotidienne du peuple centrafricain était l’une de ses principales préoccupations.

 

Le bilan de sa présence à la tête du pays a été élogieux dans de nombreux domaines comme le reconnaissent avec un peu de recul, la classe politique et le peuple centrafricains.

 

Je ne puis m’empêcher de témoigner ses qualités incontestables de démocrate, étant au cours de son mandat, député à l’Assemblée Nationale.

 

1° Bien que militaire de carrière et Président de la République sous un régime de parti unique, les débats à l’Assemblée Nationale étaient libres, publiques et débouchaient même sur des rejets de projets de textes du Gouvernement, parmi lesquels le budget de l’Etat pour l’exercice 1991.

 

Cela est paradoxalement inimaginable sous les régimes de multipartisme qui ont succédé à celui du parti unique.

 

2° L’Assemblée Nationale Centrafricaine, bien que naissante à l’époque, car  remise en place après un quart de siècle d’absence, a été dynamique et jugée positivement par la communauté internationale.

Ceci a valu à la République Centrafricaine, à travers ma modeste personne, la direction de la délégation de l’ensemble des Parlementaires africains dans le cadre d’une tournée en Europe et en Amérique du Nord sur le processus de démocratisation du continent, ainsi qu’une place importante au sein des                   instances de l’Assemblée Internationale des Parlementaire de Langue Française(AIPLF), toujours au nom de l’Afrique.

 

C’est également le même jeune parlement centrafricain qui a représenté l’Afrique dans les discussions concernant l’institutionnalisation de l’AIPLF par le Sommet des Chefs d’Etat et de Gouvernement francophones, comme volet parlementaire de la Francophonie.

 

3° Lors des élections présidentielles de 1993, le Président KOLINGBA n’a  pas créé  d’obstacles aux candidatures  de ses adversaires politiques qui ont pourtant tenté auparavant de renverser son régime par un coup d’Etat.

Leur retour au pays pour battre campagne a été libre.

Par ailleurs, ce qui mérite d’être souligné particulièrement est le fait qu’ayant perdu les élections, le Président KOLINGBA s’est incliné en bon démocrate, devant le verdict des urnes.

C’est véritablement là une grande leçon de démocratie qui doit inspirer, car beaucoup de Chefs d’Etat en Afrique n’auraient pas agi de la sorte.

 Estiment bien  au contraire « qu’on ne prépare pas des élections pour les perdre », ils auraient multiplié des tracasseries, des intimidations, des menaces, pour dissuader le retour de leurs adversaires politiques, tout en utilisant toutes formes de moyens pour se maintenir au pouvoir, préférant même une crise.

 

Président ANDRE KOLINGBA,

 

Je vous rends un vibrant hommage mérité.

Nous pleurons certes votre disparition, mais vous resterez gravé dans la mémoire du peuple centrafricain pour vos nombreuses réalisations dont certaines concernent sa vie quotidienne.

 

Je présente par ailleurs mes vives condoléances à votre famille et à votre parti politique, le Rassemblement Démocratique  Centrafricain, en l’exhortant à poursuivre les objectifs auxquels vous avez toujours été attaché,  à savoir la paix et l’unité nationale.

Que votre âme repose en paix.                    

 

                                                       Paris le 12 février 2010.

               

 

                                                        Olivier GABIRAULT

 

                                            Personnalité Politique Indépendante

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