Etat de siège allégé en Guinée: la circulation reprend, la grève continue

19 Février 2007 , Rédigé par la croix Publié dans #NOUVELLES D'AFRIQUE

Population et véhicules ont repris possession des rues lundi dans l'ensemble de la Guinée à la faveur de l'assouplissement de l'état de siège décrété par le président Lansana Conté après des semaines de contestation contre son régime qui ont fait au moins 113 morts.

La plupart des commerces et administrations demeuraient toutefois portes closes, obéissant au mot d'ordre de grève générale réactivé le 12 février par les syndicats.

Dimanche soir, le chef d'état-major de l'armée guinéenne, le général Kerfalla Camara, avait annoncé l'allègement de 6 heures du couvre-feu prévu par l'état de siège décrété du 12 au 23 février pour tenter de faire taire la contestation.

A la faveur de cette mesure, qui autorise désormais la circulation de 6H00 à 18H00 (locales et GMT), de nombreux piétons se déplaçaient sur les principaux axes de Conakry où la circulation routière était abondante, ont constaté des journalistes de l'AFP.

De très longues files d'attente s'étaient formées devant les stations-services de la capitale et les premiers bouchons depuis le début de la crise en janvier ont également été constatés à l'entrée du centre-ville, notamment en raison de barrages filtrants installés par les forces de l'ordre.

Cependant, la plupart des commerces, écoles et administrations demeuraient fermés, même si certains marchands de rue avaient sorti leurs étals pour vendre essentiellement de la nourriture.

Selon des habitants joints au téléphone par l'AFP, la situation était similaire dans les principales villes du pays.

"Tout est fermé, la grève est très suivie. On peut dire qu'elle est respectée à 99%", s'est félicité Rabiatou Sérah Diallo, secrétaire générale de la Confédération nationale des travailleurs de Guinée (CNTG).

Suspendue le 27 janvier après un accord politico-économique avec les autorités, la grève générale illimité lancée le 10 janvier par les syndicats a été réactivée après la nomination le 9 février au poste de Premier ministre de Eugène Camara, jugé trop proche du président Conté.

Depuis janvier, ces grèves et manifestations hostiles au pouvoir et soutenues par l'opposition ont fait au moins 113 morts, presque tous victimes de la répression des forces de l'ordre.

Si un calme relatif s'est progressivement installé ces derniers jours dans l'ensemble du pays sous la pression de l'armée, les syndicats demandent la levée de l'état de siège, qui limite nombre de libertés et a donné lieu à des exactions des forces de l'ordre, selon de nombreux témoignages.

Dimanche, des ONG locales ont condamné l'arrestation de "centaines" de personnes ces derniers jours dans plusieurs villes du pays.

L'état de siège instauré par le président Conté, au pouvoir depuis 23 ans, donne notamment le droit aux forces de l'ordre d'arrêter "toute personne dont l'activité présente un danger pour la sécurité publique", et de "mener en tout lieu des perquisitions de jour et de nuit".

Les syndicats ont interrompu ce week-end une ébauche de discussions entamée la semaine dernière avec le régime, exigeant comme préalable à tout dialogue le retrait de cette mesure.

Selon les sources proches d'un syndicat, une rencontre "de concertation" pourrait se tenir mardi entre les leaders syndicaux et les représentants des "institutions de la République" (Assemblée nationale et Conseil économique et social).

Aucune confirmation n'a pu être obtenue par l'AFP auprès des responsables concernés.

Les violences de ces dernières semaines et l'instauration de l'état d'urgence par le président Conté, au pouvoir depuis 23 ans, ont été largement dénoncées par la communauté internationale.

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