Françafrique : violence des régimes et impuissance du continent

18 Février 2007 , Rédigé par kabylie news Publié dans #NOUVELLES D'AFRIQUE

Le vingt-quatrième sommet Afrique-France s’est passé comme il en a toujours été entre Chirac et le continent noir : la chaleur des embrassades a contrasté avec la vacuité politique du tandem.

Depuis le premier sommet de 1973 à Paris, sous Georges Pompidou, la continuité a été exemplaire : des “diamants” de Giscard, en passant par les déboires judiciaires du fils Mitterrand et les scandales Elf, la diplomatie française en Afrique est faite d’“affaires étranges” et de collusions avec des régimes presque invariablement putschistes, autoritaires et corrompus.

Sur le plan politique, l’Afrique n’a pas beaucoup progressé depuis les indépendances. Hormis le cas sud-africain et quelques espoirs nés de l’exemple sénégalais et les promesses récentes du Mali, du Liberia et de la Mauritanie, les peuples du continent subissent un peu partout l’arbitraire de régimes verrouillés. D’où le cercle vicieux de la violence : la pauvreté pousse à la révolte et l’autoritarisme la réprime. Au moment où se tient ce dernier sommet “vieille Françafrique”, deux présidents se maintiennent en Côte-d’Ivoire et en Guinée, et une guerre civile se poursuit en Somalie. D’autres attendent d’en découdre à la prochaine occasion en Érythrée, en Éthiopie, au Soudan, au Tchad et en Centrafrique.

Sans compter qu’au Maghreb, en plus du terrorisme islamiste, la question du Sahara occidental continue à hypothéquer la stabilité et l’idée même de Maghreb.

Si les enjeux de pouvoirs et la géopolitique locale sont suffisants pour susciter les tensions évoquées, il faut bien admettre que les convoitises extérieures ne sont pas étrangères aux violents débordements qui s’ensuivent. La France, “partenaire privilégié”, n’a pas été très efficace dans l’apaisement de ce continent pourtant “domaine réservé” de sa diplomatie présidentielle.

Cannes aura été le sommet de la fin d’une époque. Le dernier président français témoin de la relation coloniale et post-coloniale s’en va peut-être en esquivant les questions qui auraient gâché la “fête”. À peine quelques incantations sur “l’importance de l’Afrique” et une timide intervention au sujet du Darfour, une “déclaration” qui ne fait que s’ajouter aux vains protocoles d’Abuja et de Tripoli. Le massacre des Fours peut continuer.

La présence d’Angela Merkel est significative : la Françafrique laisserait-elle place à l’Eurafrique ? Mais il n’est pas sûr que le relais se passera machinalement. Il y a déjà un sommet Chine-Afrique qui a su réunir quarante et un chefs d’État africains, dont certains, comme Mugabe, n’étaient pas à Cannes.

Car en matière de diplomatie de connivence, la Chine, qui va aussi avoir besoin de matières premières, est bien moins embarrassée de contraintes politiques. Quelques périples américains et canadiens et d’autres messages de pays émergents, comme l’Inde et le Brésil, l’établissent : l’Afrique est redevenue un continent à conquérir.

À force de contrarier l’émancipation politique de leurs peuples, les régimes africains ont maintenu le continent dans le statut d’impuissant enjeu.

Mustapha Hammouche

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