QUI EST ABDOULAYE MISKINE ? (suite)

16 Février 2007 , Rédigé par icicemac Publié dans #CENTRAFRIQUE INFOS

Le calme revient petit à petit à Bangui. De nombreux civils de l’ethnie de Kolingba, les Yakoma, ont quitté la ville pour trouver refuge à Zongo ou à Gbadolite, dans la province de l’Equateur en Rdc. Des édifices publics et des résidences privées ont été littéralement saccagés. Abdoulaye Miskine arbore désormais une nouvelle casquette auprès de Patassé: il était devenu son guérisseur, son voyant et son confident. Une résidence lui est aménagée au "17 Villas". Il aura pour voisin : Martin Ziguélé, Premier ministre, Jean Edouard Gabriel Koyambounou, ministre d’Etat, Luc Dondon, président de l’Assemblée nationale, Hugues Bodozendi, conseiller à la présidence…

L’importance que Abdoulaye Miskine prend auprès du chef de l’Etat agace ses principaux collaborateurs ainsi que les membres du gouvernement. Cette place de choix auprès de Patassé fera dire à Idriss Deby à un visiteur, à des milliers de kilomètres de là : "Je ne sais pas ce qui arrive au président Patassé. Il confie des responsabilités militaires à un marabout !"

Le 26 novembre de la même année, soit six mois après le putsch manqué, François Bozizé est convoqué par le chef de l’Etat. Une information parvenue à Patassé soupçonnait Bozizé de préparer un nouveau coup d’Etat. Usant des subterfuges militaires, le chef d’Etat major quitte subrepticement Bangui, se faisant "couvrir" par quelques éléments à lui fidèles. Il se réfugie à Sarh, chef-lieu de la région du Moyen Chari au Tchad. Après la sortie stratégique de Bozizé, certaines personnes à Bangui avaient vu là un coup de Miskine dont le chef d’Etat major n’appréciait pas le dessus qu’il prenait sur ses hommes y compris les officiers supérieurs. La rupture était totale entre Patassé et Bozizé qui, par voie de conséquence, était devenu l’ennemi d’Abdoulaye Miskine.

Confusions
Dans la réalité, le gouvernement de N’djamena faisait face à une rébellion dans sa partie sud, frontière avec la Rca. Cette rébellion était entretenue par Moïse Kette, Laokein Bardé et un certain Abdoulaye Miskine (le vrai). Ce dernier nom était devenu un symbole dans la région au point où il caractérisait la force, la bravoure et le mysticisme. Le pouvoir de N’djamena avait concentré des forces pour venir à bout de ce trio rebelle sans y parvenir. Le jeune Koumtanmadji qui a grandi dans cette région avait-il été influencé par ce nom mythique comme certains jeunes parleraient aujourd’hui de Ben Laden ? Tout est possible. Cela l’arrangeait d’ailleurs d’autant plus que, ayant perdu son père en 1971, orphelin en langue locale signifie miskine.
Bozizé installe les 200 hommes qui l’avaient suivi à Kabo en territoire centrafricain. Ils sont gérés en matière d’intendance par son fils Francis, fidèle des fidèles pendant que lui-même établit ses quartiers à Sarh en territoire tchadien. De là, il effectue des fréquents voyages à N’djamena où il trouve une oreille attentive auprès du colonel Daoud, chef d’état major particulier du président Idriss Déby, pas encore Itno. Le colonel Daoud fut le camarade de classe de Bozizé à l’école militaire de Fréjus en France. Daoud convainc Idriss Deby que s’il veut combattre la rébellion du sud qui trouve de temps à autre assistance en Rca, il faut faire "chanter" Patassé en jouant la carte Bozizé

Ange Félix Patassé sait que Bozizé est resté populaire au sein de l’armée. Il ne pourrait compter sur cette armée pour contrecarrer les attaques que Bozizé lui lancerait à partir de Kabo, Botangafo, Makounda ou de Bandoro. Toutes ces villes situées à la frontière avec le Tchad. La seule carte valable qui lui reste est de jeter Abdoulaye Miskine dans la bataille. Ce dernier, qui n’attendait que pareille occasion, a carte blanche pour recruter ses hommes et les entraîner. Il reçoit du chef de l’Etat tous les moyens matériels et financiers pour s’installer à Kabo où ses hommes sont face à ceux de Bozizé.
Le prétexte est trouvé : Miskine va combattre les Zarguina (coupeurs de route). En fait, sa vraie mission est de déstabiliser toute organisation de Bozizé tendant à descendre sur Bangui pour s’emparer du pouvoir. Abdoulaye Miskine aura des affrontements meurtriers avec des hommes de Bozizé. Ils tourneront un jour en sa faveur, un autre en faveur de Bozizé, jusqu’à ce 15 mars 2003 où la colonne tchadienne viendra seconder un lieutenant de Bozizé du nom de Abakar Saboun pour prendre Bangui.

Lorsque "les Libérateurs" entrent dans la ville, la résidence d’Abdoulaye Miskine est visée en premier. Elle est mise à sac. L’avion de Patassé qui rentre de Niamey et dans lequel se trouve Abdoulaye Miskine ne peut atterrir à Bangui-Mpoko. Le pilote décide de mettre le cap sur Yaoundé. De là, Patassé trouvera refuge à Lomé au Togo. Quelques jours après, on apprendra que Abdoulaye Miskine est "colonel", ensuite fondateur du Front de libération de la Centrafrique.
C’est ce personnage peu ordinaire que François Bozizé a ramené de Syrte en Libye dans son avion personnel le 3 février. Il l’a installé au palais de la Renaissance qu’il connaît parfaitement. Avec lui il compte organiser la réconciliation nationale. A Bangui, un proche de Bozizé a eu ce commentaire : "le président nous a ramenés un colis encombrant. Lui seul sait ce qu’il contient et ce qu’il en fera"

© 2007 Mutations

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