Sarkozy et Royal dénoncent en choeur la "Françafrique" de Chirac

16 Février 2007 , Rédigé par LE NOUVEL OBS Publié dans #NOUVELLES D'AFRIQUE

Candidats à la présidentielle, Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal ont au moins une chose en commun: la dénonciation de la politique africaine de Jacques Chirac depuis 1995, alors que celui-ci préside jeudi et vendredi son dernier sommet France-Afrique.

Dans une tribune paraissant jeudi dans "Témoignage chrétien", et déjà accessible sur le site web de l'hebdomadaire, la candidate socialiste dénonce violemment une politique africaine "figée dans une coupable immobilité".

"Depuis bientôt cinq ans, la droite française est à l'origine de désordres sans précédent sur le continent africain. La conception de la présidence de la République de Jacques Chirac y est pour beaucoup", accuse-t-elle. "En privilégiant systématiquement les amitiés personnelles au détriment de l'intérêt général, la pratique présidentielle a terni l'image de notre pays, qui se trouve associé dans l'esprit des Africaines et des Africains aux régimes les plus contestables du continent".

La publication de ce passage est une "erreur", expliquait-on néanmoins mercredi dans l'entourage de Ségolène Royal. "Il y a un point sur lequel il semblerait que ça a échappé à la vigilance de la personne chargée de vérifier en dernière minute l'interview, un point qui mettait en cause non la politique africaine mais les relations personnelles de M. Chirac avec certains chefs d'Etat africains", a glissé son conseiller, Jack Lang.

Pour Mme Royal, la France doit en tout cas "à nouveau porter en Afrique un message de démocratie, de solidarité, de paix et de défense des droits de la personne humaine".

En particulier, "la multiplication des interventions militaires improvisées au profit de régimes réputés amis au Tchad ou en Centrafrique nous détourne des objectifs de développement qui devraient être prioritaires", estime-t-elle. "Faute d'avoir incité les régimes les plus fermes à s'engager dans la voie de la démocratisation et du respect des droits humains, nous nous trouvons réduits à intervenir militairement dans la précipitation pour éviter des prises de pouvoir par la force".

Elle remet en cause "les termes de nos accords de défense et de coopération militaire avec plusieurs pays africains", qui "devront être clarifiés et si besoin renégociés". La candidate propose que "nos accords de défense et de coopération militaire soient examinés par le Parlement" et "qu'un débat à l'Assemblée nationale soit obligatoire en cas d'intervention armée dans un conflit sur le continent africain".

Mais elle suggère aussi de "réfléchir à une taxation des transactions financières pour accroître le financement du développement" et de "porter progressivement le montant de l'aide publique à 0,7% du PIB", contre 0,5% actuellement, "pour remplir les engagements internationaux qui ont été trop longtemps bafoués".

"Je crois possible de mettre fin au désordre créé par des décennies de politiques clientélistes en Afrique", ajoute-t-elle.

Lors d'un voyage à Cotonou (Bénin) en mai 2006, le candidat UMP Nicolas Sarkozy avait aussi prôné la rupture dans la politique africaine de la France, plaidant pour "une relation nouvelle, assainie, décomplexée, équilibrée, débarrassée des scories du passé et de ses obsolescences". Il avait souhaité "tourner la page des complaisances, des officines, des secrets et des ambiguïtés".

Prenant ses distances avec la "personnalisation" des relations franco-africaines, il avait prôné un "dialogue franc et objectif" et "sur un pied d'égalité, entre partenaires responsables". Une critique implicite des relations personnelles nouées par Jacques Chirac avec plusieurs présidents africains.

Nicolas Sarkozy avait prévenu qu'il refuserait de "transiger" sur les valeurs démocratiques: "il n'y a pas d'exception africaine, pas de prétendue spécificité culturelle qui justifierait je ne sais quelle incompatibilité entre l'Afrique et la démocratie".

Contrairement à Mme Royal, Nicolas Sarkozy s'était en revanche inscrit dans le prolongement de la politique africaine de la France sur la question de la présence militaire.

Le ministre de l'Intérieur avait reçu un accueil hostile de la population lors de ce voyage au Mali et au Bénin, en raison de sa loi sur "l'immigration choisie". AP

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