GUINEE CONAKRY - MANIFESTATIONS : CONTE DECRETE L'ETAT DE SIEGE

13 Février 2007 , Rédigé par LE FIGARO Publié dans #NOUVELLES D'AFRIQUE

Dix-huit manifestants au moins ont été tués hier. Dans la soirée, le président guinéen, Lansana Conté, a décrété l'état de siège dans l'ensemble du pays.

 
DANS UNE GUINÉE paralysée depuis des semaines par une grave crise politique liée à l'usure d'un pouvoir incarné depuis vingt-trois ans par le président Lansana Conté, aujourd'hui malade et fatigué, dix-huit manifestants au moins ont été tués hier dont onze dans la banlieue de Conakry. Et un militaire a été lynché par la foule. Dans la soirée, l'état de siège a été décrété sur l'ensemble du territoire et le président guinéen a demandé à l'armée de « prendre toutes les dispositions » pour « éviter une guerre civile ».
 
Depuis début janvier, quand ont commencé des grèves générales organisées avec l'aval et le soutien d'une population exsangue, 104 personnes ont été tuées dans des affrontements avec les forces de police ou l'armée. Des tirs nourris venant de l'intérieur d'un camp abritant des unités d'élite de l'armée guinéenne, près de l'aéroport de Conakry, ont également été entendus hier. Inquiétant pour les autorités, cet affrontement à l'intérieur du camp militaire d'Alpha Yaya pourrait marquer l'émergence de premières dissensions au sein du corps militaire. L'armée guinéenne constitue le socle du pouvoir du président Conté, âgé de 72 ans et titulaire du grade de général.
 
Maigres concessions
 
Ce regain de violence est symptomatique de la dégradation constante de la situation. Outre les morts d'hier, 29 personnes, dont deux militaires, ont été tuées au cours des trois derniers jours. La nomination par le président Conté du ministre Eugène Camara, un de ses proches, au poste de premier ministre, n'a pas suffi à désamorcer une crise profonde et aiguë.
 
Après avoir hésité un temps, les syndicats et l'opposition ont rejeté les maigres concessions offertes par la présidence. Espérant un homme de consensus, les manifestants ont massivement rejeté la nomination au poste de premier ministre d'Eugène Camara. Pour plusieurs responsables de l'opposition, cette nomination a été perçue comme « une trahison ».
 
Dimanche, les syndicats ont franchi un nouveau pas, exigeant pour la première fois le départ de Lansana Conté. Cette nouvelle revendication marque un durcissement et ouvre la voie à une possible confrontation générale.
 
Hier, en début d'après-midi, les tirs se poursuivaient à l'intérieur du camp Alpha Yaya, qui abrite une unité de commandos et le bataillon spécial de Conakry, deux unités d'élite de l'armée. Il accueille aussi le quartier général de l'armée. L'état-major est, quant à lui, basé dans le camp Samory (centre de la capitale), où réside le président Conté.
 
Selon des témoignages non confirmés officiellement, les soldats du camp Alpha Yaya ont laissé éclater leur colère lorsqu'ils ont appris l'arrivée récente à Conakry d'hommes armés en provenance du Liberia. La récente promotion par le président Conté de certains officiers de l'armée aurait également contribué à l'explosion des frustrations.
 
La détérioration générale de la situation s'accompagne de l'isolement progressif de ce pays parmi les plus pauvres. En dépit de riches ressources minières, 9,4 millions de Guinéens vivent dans la misère. Le ministère français des Affaires étrangères a exprimé sa « très vive préoccupation » et appelé toutes les parties à la retenue.

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