TCHAD - HYDROCARBURE : PENURIE D'ESSENCE A N'DJAMENA

27 Janvier 2007 , Rédigé par AFRIQUE CENTRALE INFO Publié dans #NOUVELLES D'AFRIQUE

Panne sèche ! - 26/1/2007

Les files de voitures n'en finissent pas de s'allonger, depuis quelques jours, devant les stations-service de N'Djamena. Bien que producteur de brut, le Tchad est en panne sèche, victime d'une coupure impromptue du robinet de son voisin nigérian.
 
Devant la station Tamoil du centre-ville, un long serpent de plusieurs dizaines de véhicules à l'arrêt. Tous désertés par leurs conducteurs. "Il n'y a pas d'essence aujourd'hui", constate un pompiste. "Les gens ont laissé leurs voitures très tôt ce matin pour réserver leur place", poursuit-il. "Demain, on devrait être un peu livré".
 
Contournant la file, un 4x4 flambant neuf vient se poster devant une pompe. On le sert immédiatement. "Celui-là prend du gazole. Le gazole, ça ne manque pas", explique le pompiste.
 
 
"Mais tout le monde roule à l'essence, et de l'essence, il y en a de moins en moins depuis le début de l'année".
 
A quelques mètres de là, un vendeur de rue sert quelques litres du précieux liquide à des motocyclistes assoiffés. D'ordinaire, ces livreurs informels sont les fournisseurs préférés des habitants de N'Djamena, car moins chers.
 
Mais depuis quelques jours, pénurie oblige, leurs prix, d'habitude autour de 600 francs CFA (90 centimes d'euro) le litre, flambent. "Cette bouteille d'un litre coûte aujourd'hui 1.250 francs CFA", se réjouit le vendeur.
 
Ses clients, eux, font grise mine. "Je suis tombée en panne dans le quartier à côté, mais là-bas l'essence coûte 1.500 F CFA. Alors j'ai préféré marcher jusqu'ici", soupire une femme en poussant sa mobylette.
 
"Chez nous, les prix sont fixes à 650 F CFA", insiste l'employé de la Tamoil. "Les gens reviennent vers nous pour payer moins cher mais, malheureusement, on ne peut pas fournir tout le monde".
 
Les causes de la pénurie d'essence qui frappe la capitale et les villes du pays sont parfaitement identifiées. Producteur d'or noir depuis 2003, le Tchad n'a pas de raffinerie, et s'approvisionne en carburant auprès de ses voisins, le Cameroun et surtout le Nigeria.
 
"Le Nigeria connaît actuellement des difficultés techniques et ne peut pas nous livrer normalement. C'est ce qui cause ces problèmes de rupture de stock", explique la ministre du Commerce par intérim, Fatime Tchombi. "Les revendeurs du secteur informel créent aussi la pénurie en conservant leurs stocks pour augmenter les prix", accuse-t-elle également.
 
La pénurie de carburant suscite d'autant plus la grogne que ses effets se font déjà sentir ailleurs qu'aux pompes. Les taxis n'ont pas tardé à répercuter la hausse sur le tarif de la course, passée de 150 à 200 voire 250 francs CFA.
 
"Je n'ai pas d'autre choix que de prendre le taxi à ce prix pour me rendre au travail quand l'Etat est lui-même impuissant à trouver une solution", rouspète un fonctionnaire.
 
Plus virulente, l'Association pour la défense des droits des consommateurs (ADC) voit dans cette "énième pénurie (...) l'absence d'une véritable politique énergétique".
 
"Il est incompréhensible que l'Etat (...) n'ait pas mis en place des dispositifs et des mécanismes adéquats tels que la constitution d'un stock de sécurité, la diversification des sources d'approvisionnement", poursuit l'ADC dans un communiqué.
 
Rassurante, Mme Tchombi affirme que cette situation ne sera bientôt plus qu'un mauvais souvenir. "C'est vrai que l'homme de la rue ne comprend pas pourquoi il y a pénurie alors qu'on exporte du pétrole", concède-t-elle.
 
"Mais cela fait peu de temps. A l'avenir, nous espérons aussi pouvoir transformer notre pétrole brut en essence", conclut-elle.

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