GUINEE CONAKRY - GREVE GENERALE : LE RECIT DES MASSACRES DU 22 JANVIER 2007

25 Janvier 2007 , Rédigé par AMINATA.COM Publié dans #NOUVELLES D'AFRIQUE

Révélation : Qui sont ces bourreaux qui ont massacré le 22 Janvier à Conakry

Les chiffres avancés de trente, quarante, cinquante personnes tuées lors de la répression sanglante et meurtrière du lundi 22 Janvier à Conakry sont minimes. Insignifiants. Dérisoires. Dans la capitale guinéenne, on continue à compter les cadavres de cette Journée macabre. De nombreuses familles, sans nouvelle de leurs membres, continuent les recherches. La cruauté et la violence inouïe des forces de défense et de sécurité exercées sur les manifestants aux mains nues, qui n’avaient que pour seule arme les pancartes, les couleurs nationales…, sont d’une bestialité abracadabrante. Dans une enquête très approfondie, minutieusement menée par aminata.com auprès des services de police, des renseignements militaires ainsi que des services secrets de la présidence, les auteurs de cette barbarie sans précédent dans le pays sont désormais connus et clairement identifiés. Qui sont ces hommes qui ont méthodiquement  planifié et réalisé cette extermination ? Enquête.

 

Le capitaine Mamadouba Sylla, chef de la garde présidentielle rapprochée  

Ancien commandant du camp de torture de l’île de Kassa, le capitaine Mamadouba Sylla est réputé être un tortionnaire aguerri et impitoyable. Sanguinaire, ce bourreau, dit-on de lui, aux mains souillées de sang jusqu’aux coudes, a froidement et personnellement procédé aux tortures, suivies d’exécutions sommaires de nombreux soldats mutins détenus dans son centre ; suite aux événements des 2 et 3 février 1996, qui ont failli coûter le pouvoir de Lansana Conté. Civils et militaires, pour ceux d’entre eux qui ont eu la chance d’avoir la vie sauve, après un passage inoubliable dans le goulag de Kassa, ils se souviendront encore longtemps de leur bourreau commun, ce sinistre personnage, qui n’éprouve réellement de plaisir d’être et de vivre, que lorsqu'il voit les autres souffrir et mourir.

 

Actuel chef de la garde rapprochée de Lansana Conté, le capitaine Mamadouba Sylla est l’un des principaux planificateurs de la boucherie du lundi 22 Janvier à Conakry, ayant fait, toutes proportions gardées, plus d’une centaine de morts.

 

Des sources bien autorisées, proches de la Banque Centrale de Guinée (BCRG), la première institution bancaire du pays, des sommes faramineuses, estimées à plusieurs centaines de millions de francs guinéens ont été décaissées pour perpétrer la tuerie dans toutes les communes de la capitale guinéenne.

 

"Cet agent des forces de défense, encore en liberté doit être arrêté, jugé et condamné pour crime de sang, crime économique et crime contre l’humanité", a noté à aminata.com, sous couvert d’anonymat, un avocat guinéen.

 

En effet, le lundi 22 Janvier, des informations recoupées auprès des habitants de Conakry, corroborées par des photographies clairement lisibles voire des images vidéos, de nombreux éléments de la garde présidentielle du général Conté, ont été vus en action, et dans les quatre coins de la capitale. Mise en place pour la sécurité personnelle du Chef de l’Etat, la garde présidentielle n’a pas pour vocation le maintien d’ordre, une mission qui relève de la compétence des services de sécurité notamment la police et des forces de défense à l’image de la gendarmerie.

 

Manifestement et incontestablement, leur déploiement massif sur le terrain en ce jour du lundi 22 Janvier, avait un autre dessein que celui d’encadrer les manifestants et d’éviter tout débordement comme c’est souvent le cas dans de pareilles circonstances.

 

A juste titre, quelques jours bien avant cette journée noire du lundi, ils se sont mobilisés et  préparés pour tuer. Comme s’il s’agissait d’une agression, alors qu’il n’était question que d’une marche pacifique.

Le capitaine Issiaga Camara, surnommé l’homme à tout faire du Président Lansana Conté. 

Au bataillon autonome de la sécurité présidentielle (BASP), composé de plus de mille hommes surentraînés et fortement équipés pour la garde personnelle de Lansana Conté, le deuxième plus gros effectif des forces armées guinéennes, juste après le bataillon spécial de camp Alpha Yaya Diallo de Conakry, on l’appelle le commandant des bérets rouges.

 

Toujours en compagnie de son Président, ce soldat qui, comme la plupart de ses collègues, n’a même pas le niveau de formation primaire, jouit d’une influence irrésistible et d’un pouvoir d’action autonome et incroyable.

 

Puissant au point de porter ombrage au lieutenant colonel Mouniè Donzo, le patron officiel de la garde prétorienne du n° 1 guinéen, le capitaine Issiaga Camara n’hésite pas de contester son autorité quand il ne partage pas une décision ou lorsqu’il veut se faire entendre. A volonté, des sources proches de la garde présidentielle rapportent qu’il manipule de nombreux autres éléments du BASP, les envoie en mission comme il veut et là où il veut.

 

Vu et revu à la tête de plusieurs dizaines de bérets rouges au cours de ce lundi noir à Conakry, à en croire de nombreux témoignages rapportés par les habitants à aminata.com, il a massacré, ordonné les massacres, quand ce ne sont pas des arrestations massives, suivies de tortures à la base du BASP, appelée Koundara, située dans la même enceinte que la radio d’état à Kaloum.

 

Cet homme qui prend sa monstruosité pour une célébrité, sa cruauté pour une fierté, dirige l’un des nombreux clans qui menacent aujourd’hui l’implosion de cette unité d’élite spéciale.

Le capitaine Ahmed Tidiane Camara, Chef des investigations des fameux bérets rouges 

Il a été un élément essentiel dans le massacre du lundi 22 Janvier. Identification, arrestation, torture et exécution des jeunes manifestants. A l’image de ses deux collaborateurs, ce haut cadre de la sécurité présidentielle, un autre chef de clan a pris activement part à la mobilisation de ses troupes, à la planification de la répression et à l’extermination des citoyens. Plusieurs témoins rapportent à aminata.com, l’avoir vu sévir dans les quartiers de Kaloum.

Le capitaine Ousmane Conté, fils aîné du Président guinéen 

Le capitaine Ousmane Conté a conduit personnellement, à la tête de plusieurs pick-up bourrés d’éléments de la garde présidentielle soumis à ses ordres, la répression la plus sanglante et la plus meurtrière lors de la manifestation du lundi ainsi que dans la journée du mardi 23 Janvier, avant que, sur la base des informations reçues par la haute hiérarchie militaire venant des populations persécutées et exécutées dans les quartiers ciblés, toute la chaîne de commandement des forces armées ne se mette en branle et demande sa neutralisation avec sa bande. Une décision qui a été exécutée par le lieutenant colonel Mouniè Donzo, commandant de la garde présidentielle.

 

En effet, le lundi 22 et le mardi 23 Janvier à Kaloum, siège de la présidence, des administrations et quartier des affaires de Conakry, toute la journée, le capitaine Ousmane Conté et ses hommes ont tué, arrêté, maltraité les manifestants, saccagé les habitations, les locaux des services,  affirment à aminata.com, des résidants de la presqu’île.

 

Sékou Bangoura, Directeur Général de la Police Nationale 

 

"Pour connaître les hommes, il faut les voir agir", dit-on. La journée du 22 Janvier a donné l’occasion de découvrir, jusque là, un homme méconnu par l’opinion publique. Son nom : Sékouba Bangoura, Directeur Général de la Police Nationale.

 

Sous ses ordres, des agents des forces de sécurité notamment la police antigang et les éléments de la compagnie d’intervention mobile (CMIS) ont ouvert le feu à bout portant sur les manifestants, et ce, dans toutes les communes de Conakry où, jusque dans les maisons, les citoyens étaient pourchassés, remarquent à aminata.com, plusieurs sources concordantes, proches des services de sécurité et de défense.

 

"En banlieue de Conakry, j’ai vu de mes propres yeux, mes amis ouvrir le feu sur les jeunes manifestants qui tombaient les uns après les autres. Comme des mouches. Ils n’avaient sur eux que des pancartes et les couleurs nationales. C’est incroyable! Dans la capitale, je suis sûr, il y a eu plus de cent morts", explique, sous le sceau de l’anonymat, un membre des forces de Police.

 

A la question de Lansana Conté, qui a arrêté les leaders syndicaux ? Sans subterfuges, le Directeur général de la Police Nationale répond : "J’ai donné l’ordre de les arrêter, pour incitation à la révolte populaire et à la rébellion".  Avant que le Président guinéen n’ordonne, séance tenante, dans sa résidence de Camp Almamy Samory Touré, leur libération, tard dans la nuit du lundi 22 Janvier. 

 

A elle seule, cette réponse de Sékouba Bangoura ne suffit-elle pas à situer sa responsabilité active dans les massacres qui ont endeuillé des centaines de familles, dans la répression qui a enregistré des centaines de blessés et fait de nombreux disparus ?

Aïcha Keïta, ex épouse du chef rebelle libérien de LURD  

Aïcha Keïta est l’une des nombreuses joueuses de cauris de Lansana Conté. Ex épouse du chef rebelle libérien de LURD, Sékou Damathé Koné, cette dame qui a participé aux enlèvements, séquestrations, massacres, meurtres, assassinats et autres pillages lors de la guerre civile au Liberia, n’a ménagé aucun effort pour retourner l’ascenseur à son bienfaiteur.

 

Ainsi, superbe villa et gardes du corps à sa disposition, c’est elle qui avait révélé au Président Conté avant les événements des 2 et 3 février 1996, l’imminence d’un renversement de son régime par l’armée. Depuis cette date, elle est dans les bonnes grâces présidentielles, jouissant de tous les privilèges matériels et financiers.

 

Pour participer à la pérennisation du régime vacillant de son protecteur, devenu sien, elle a jeté ses hommes armés et drogués, des ex rebelles qui ont commis des crimes atroces au Liberia, et qui sont certainement recherchés par le tribunal pénal international, dans les rues de Conakry, pour massacrer les Guinéens. Bien évidemment, à la demande du clan présidentiel.

 

Au cours de la journée du lundi, plusieurs témoignages concordants affirment avoir vu et entendu des hommes armés communiquer en anglais, ouvrir le feu sur des manifestants, dans les différentes rues de Conakry.

Les forces armées bissau-guinéennes dans la répression sanglante et meurtrière de Conakry 

Lansana Conté se trouve dans une situation d’impasse irrémédiable. Il faut tenter le tout pour le tout. Dans de telles circonstances, on fait souvent recours aux amis ou qui proposent volontairement leur concours. Devant le danger qui menace son plus vieil ami, connu dans les maquis, dans les années 70, au cours des guerres de libération de son pays, le chef de l’Etat bissau-guinéen, le général Joao Bernardo Vieira Nino, sauvé à maintes reprises par son plus vieil ami, le général Lansana Conté, décide de lui renvoyer l’ascenseur. C’est dans ce cadre qu’un contingent de commandos, plus de cent hommes, sont envoyés en Guinée à la rescousse du Président guinéen.

Selon des sources militaires et policières à Boké, arrivés par la mer, au débarcadère de Sansalé, ils sont accueillis par le fils du Président, le capitaine Ousmane Conté et immédiatement conduits à Conakry. C’était le Samedi 20 Janvier où, le commando de la mort est arrivé aux environs de 23h. 

 

A Conakry, parmi certains manifestants qui parlent le portugais, nombreux sont ceux qui ont vu et entendu des soldats armés, parler cette langue, tirer également à bout portant dans le tas des jeunes guinéens, causant plusieurs morts. Ce sont eux qui étaient postés au pont 8 novembre, à l’entrée de Kaloum, siège de la présidence de la République.

  

C’est à juste titre, si la condamnation de la Communauté internationale est unanime sur ce qu’on peut qualifier de crime contre l'humanité et d'extermination, parce qu’étant des actions délibérément préparées, financées et réalisées par un groupe armé, de surcroît des forces de sécurité et de défense du pays, pour le compte d’un régime agonisant.

 

De ce point de vue, la création d’un tribunal pénal international pour la Guinée (TPIG), afin d’arrêter, juger et condamner les auteurs identifiés et connus des exécutions des populations guinéennes s'impose. Car, si on laissait les enquêtes et le jugement au seul niveau du Gouvernement guinéen, il n’y en aura jamais.

 

En guise d’illustration, après les tueries du 12 Juin 2006 au cours desquelles près d’une trentaine de lycéens et d’étudiants ont perdu leur vie, les autorités guinéennes avaient promis de faire toute la lumière sur ces événements tragiques et de juger les auteurs de ces horribles crimes.

 

En conséquence, l’ensemble des organisations de la défense des droits de l’Homme devraient, appuyées par de nombreuses bonnes volontés nationales et internationales, se mobiliser pour mettre un terme définitif à l’impunité à laquelle sont habituées les forces de sécurité et de défense de la Guinée. Plus que jamais, il est grand temps que les responsables des organisations internationales des droits de l’Homme, Human Rigths Watch, Amnesty International, la Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme…, s’impliquent davantage et très profondément, exercent des pressions nécessaires, pour la mise en place rapide du TPIG.    

 

Des questions se posent : faut-il voir dans l’implication active de la garde présidentielle, du fils du Président, des forces de police, des forces armées bissau-guinéennes et des ex rebelles de LURD dans les massacres des manifestants, la main de Lansana Conté ? Premier magistrat du pays, le Président de la République peut-il vraiment ignorer de telles atrocités perpétrées contre ses sujets ? Si oui, accepterait-il de livrer à la Justice nationale, de préférence internationale, les auteurs connus de ces crimes ?

 

Quoi qu'il en soit, il y a près d'une semaine, bien avant les massacres du lundi 22 Janvier, Lansana Conté très remonté, déclarait aux responsables syndicaux, réunis autour du dialogue avec le général de corps d'armée Kerfalla Camara, au camp Almamy Samory Touré à Kaloum : "Je vais vous égorger. Je vais vous broyer. Je vais vous tuer. Vous m’avez déculotté. Humilié. Maintenant, vous voulez m’enlever mon slip. Je ne l’accepterai pas. Vous me trouverez sur votre chemin".

 

Coupable ?Complice ? Instigateur ? Jugez-en!

 

Nous y reviendrons

 

Paul Moussa DIAWARA

Directeur de la rédaction et de la publication d’aminata.com

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