CÔTE D'IVOIRE - SORTIE DE CRISE : LAURENT GBAGBO MET TOUT LE MONDE D'ACCORD

13 Janvier 2007 , Rédigé par FRATERNITE MATIN Publié dans #NOUVELLES D'AFRIQUE

Sortie de crise : Paris tend la main à Laurent Gbagbo

Fraternité Matin 12/01/2007 (note 2.7/5)

Les observateurs et autres acteurs de la crise ivoirienne ont certainement changé de lunettes. Quatre ans après le début de la rébellion armée, ils ont mis beaucoup d’eau dans leur vin quant à leur appréciation des positions de Laurent Gbagbo.

Car, au moment où les partisans du Chef de l’Etat s’attendaient à une levée de boucliers après sa proposition de dialoguer directement avec Soro K. Guillaume, ce sont plutôt des réactions plus nuancées à la limite du feu vert qui ont accueilli son initiative.
C’est dans ce cadre qu’il faut inscrire la rencontre que Laurent Gbagbo aura aujourd’hui même avec Mme Brigitte Girardin au Palais présidentiel. Cette audience n’est pas du tout un fait banal dans le contexte politique actuel. Depuis qu’elle siège au Groupe de travail international (GTI) pour le compte de son pays, la ministre française a toujours ignoré le Chef de l’Etat au cours de ses visites officielles en Côte d’Ivoire; ses interlocuteurs privilégiés étant le Premier ministre, les mouvements issus de la rébellion et l’opposition politique.
La participation de Mme Girardin à la douzième réunion du garant du processus de paix qui s’ouvre ce matin, intervient à un moment où le Chef de l’Etat marque des points politiques et diplomatiques importants. Lors de la 5.617ème séance du Conseil de sécurité de l’ONU, la France a exprimé son soutien à l’établissement d’un dialogue direct entre les acteurs ivoiriens pour permettre une sortie de crise. A Ouagadougou, Michel de Bonnecorse, Conseiller du Président Jacques Chirac pour les Affaires africaines, a soutenu cette position après son entretien avant-hier avec Blaise Compaoré. «La France approuve les idées de discussions directes entre l’entourage du Président ivoirien et Guillaume Soro», a rapporté notre confrère l’Observateur paalga du Burkina Faso, citant l’autorité française. «Ces discussions doivent surtout faciliter la tenue des élections avant le 31 octobre 2007», a poursuivi M. de Bonnecorse, avouant ainsi les limites de la Résolution 1721 d’inspiration française.
Même si sur le fond, des quiproquos relatifs à la prééminence entre résolution et constitution restent nombreux et importants, adversaires et partisans du Chef de l’Etat chantent à l’unisson avec Laurent Gbagbo: la Résolution 1721 qu’il a rejetée dès son adoption, n’est sans doute pas le sésame de la crise ivoirienne. Etablissant une dualité institutionnelle qu’il était censé résoudre, ce dix-neuvième texte onusien est le père du blocage qui entrave le processus de sortie de crise. Résultat, personne ne réclame, comme pour l’accord de Linas-Marcoussis qui a fini par mourir de sa belle mort, son application intégrale et mécanique. Surtout que le Monsieur Afrique de l’Elysée avoue que la résolution onusienne ne résoudra pas la crise ivoirienne. «Le but des pays raisonnables est qu’il y ait des élections libres et honnêtes en octobre, ce qui donnera un Président légitime qui sera soit élu, soit réélu. Et c’est à ce Président de mettre un terme à cette crise», a-t-il affirmé à la sortie de l’audience que lui a accordée le Président burkinabé.
Ce message parisien apparemment anodin détruit toutes les thèses défendues par des officines parisiennes et l’opposition politique et armée: Laurent Gbagbo reste un candidat sérieux à sa propre succession. Des sondages dont ceux de l’Opération des Nations unies en Côte d’Ivoire (ONUCI) qui donnent une longueur d’avance au Chef de l’Etat, les pannes de stratégie et les manifestations de rue foirées de l’opposition ont fini par convaincre Paris que Laurent Gbagbo n’est pas le Président minoritaire et illégitime que l’on a présenté. Il peut être réélu à l’issue de la prochaine présidentielle et l’Elysée n’entend point griller toutes ses cartes.
Toute cette évolution a commencé le 20 décembre dernier. Après avoir exprimé sa profonde préoccupation sur «la poursuite de l’impasse dans le processus de paix en Côte d’Ivoire», Kofi Annan s’est aligné sur les propositions du Président ivoirien. «Le Secrétaire général est convaincu que la CEDEAO et l’Union africaine feront tout ce qui est en leur pouvoir afin d’aider les dirigeants ivoiriens à relancer le processus de paix de bonne foi», soutient le porte-parole de Kofi Annan avant de déclarer l’échec annoncé de cette résolution 1721 mort-née: «Les Nations unies restent disposées à explorer de nouvelles dispositions pratiques afin d’aider le processus de paix à aller de l’avant.»
Depuis lors, d’Abidjan à Paris en passant par New York, beaucoup d’eau aura coulé sous les ponts au point que la 1721 n’est plus la boussole tant souhaitée. Pierre Schori, représentant du Secrétaire général de l’ONU en Côte d’Ivoire, n’est plus à cheval sur les résolutions onusiennes. Pour lui, il faut prendre note des propositions de Gbagbo. Soro Guillaume, Secrétaire général des Forces nouvelles, s’est déclaré ouvert au dialogue qui, selon lui, aurait dû venir plus tôt.
Ferro M. Bally

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