GUINEE - GREVE GENERALE : "Nous sommes prêts cette fois-ci à aller jusqu'au bout... Il n'y aura pas de travail dans l'administration et dans le privé", Un syndicaliste

12 Janvier 2007 , Rédigé par A.F.P Publié dans #NOUVELLES D'AFRIQUE

Grève générale, "pays paralysé" selon les organisateurs

GUINÉE - 10 janvier 2007 - AFP

Une grève générale illimitée, lancée mercredi en Guinée pour protester contre l'"ingérence" du président Lansana Conté dans le domaine judiciaire, était largement suivie, un responsable syndicaliste assurant que tout le pays était "paralysé".

"Tout le pays est paralysé", a affirmé Ibrahima Fofana, le secrétaire-général de l'Union syndicale des travailleurs de Guinée (USTG), un des syndicats à l'origine du mouvement.

"Plus qu'une grève, nous assistons à un pays mort. Tout le pays est paralysé, je vous dis que ça va durer le temps qu'il faudra. S'il n'y a pas de solution, s'il n'y a rien de concret, les travailleurs resteront à la maison", a-t-il poursuivi.

"Nous sommes prêts cette fois-ci à aller jusqu'au bout. Au bout de nos préoccupations, de nos revendications. Il n'y aura pas de travail dans l'administration et dans le privé", a-t-il insisté.

Il s'agit de la troisième grève générale en un an dans ce pays très pauvre d'Afrique de l'ouest, dirigé depuis 1984 par le général Conté, âgé de 72 ans et affaibli par une maladie.

A Conakry, mercredi, le quartier administratif et des affaires était désert et les banques, commerces, stations-service et pharmacies étaient fermés, a rapporté un correspondant de l'AFP. Aucun véhicule de transport en commun ne circulait dans la capitale.

Une situation similaire a été notée en province, selon des habitants joints par l'AFP dans les villes de Labé (nord), Boké (nord-ouest), Kankan (est) et Mamou (centre).

Cette grève générale, soutenue par 14 partis d'opposition ayant appelé à la "désobéissance civile", a été lancée par les deux plus puissants syndicats du pays, la Confédération nationale des travailleurs de Guinée (CNTG) et l'USTG.

Ils critiquent la libération le 16 décembre, sur ordre du président Conté, de l'ancien président du patronat guinéen Mamadou Sylla et d'un ex-ministre de la Jeunesse Fodé Soumah, inculpés dans une affaire de "détournement de deniers publics" et qui avaient été incarcérés le 6 décembre à Conakry.

M. Conté s'était, selon une source à la présidence, "personnellement rendu à la prison", demandant qu'on libère les deux hommes.

Les syndicats font du retour de M. Sylla en prison une de leurs principales revendications.

Au grand marché de Madina, dans la banlieue de la capitale, des commerçants interrogés par l'AFP ont indiqué qu"ils n'allaient pas ouvrir leur échoppe "par solidarité avec les fonctionnaires qui sont (leurs) clients".

"Il faut savoir aussi que nous ne sommes pas d'accords par rapport à certains comportements de nos dirigeants qui font du +n'importe quoi+ au sommet de l'Etat", a indiqué un d'entre eux, sous couvert de l'anonymat.

Pour ce Guinéen, depuis le jour où le président Conté est allé lui-même chercher des prisonniers coupables de vols et de détournements de deniers publics à la prison civile, "nous avons compris qu'avec lui, la Guinée n'ira nulle part", a-t-il ajouté.

"Il faut se battre pour le changement, un changement radical et en profondeur", a-t-il poursuivi.

Un haut fonctionnaire de Conakry, qui s'était rendu à son travail, s'apprêtait à repartir chez lui: "Si mon ministre est ici et que moi je reste à la maison, c'est suicidaire pour moi".

"Voilà pourquoi vous me voyez roder ici. Mais puisque lui même n'est pas là, je ne sais pas s'il observe aussi la grève (rire), j'attends un peu et je fous le camp".

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