CENTRAFRIQUE - INSECURITE : "Nous vivons ici une véritable crise humanitaire dans un des coins les plus oubliés du monde"Jean-Charles Dei ( Programme Alimentaire Mondial )

11 Janvier 2007 , Rédigé par A.F.P Publié dans #CENTRAFRIQUE INFOS

Le nord-ouest du pays s'enfonce dans l'insécurité

BANGUI (AFP) - mercredi 10 janvier 2007 - 10h25 - Un temps occultée par la récente offensive des rebelles et la riposte de l'armée dans le nord-est du pays, l'insécurité continue à se propager dans tout le nord-ouest de la Centrafrique, multipliant les victimes parmi les populations locales.

Dernier épisode en date de cette inexorable plongée dans la violence: l'attaque la semaine dernière de la petite localité de Boguila, à 350 km au nord de Bangui, par des hommes non identifiés.

L'arme au poing, une dizaine d'entre eux ont fait irruption dans le village, tiré quelques coups de feu en l'air et pillé deux boutiques d'alimentation avant de prendre la fuite. Cette fois-ci, les agresseurs n'ont fait aucune victime parmi la population qui, prise de panique, a fui en brousse.

Depuis l'élection en mai 2005 du général François Bozizé, arrivé au pouvoir à la faveur d'un coup d'Etat deux ans plus tôt, ce type d'attaque a refait son apparition dans tout le quart nord-ouest du pays. Aux guet-apens des habituels "coupeurs de route" et autres bandits de grand chemin, qui détroussent les voyageurs ou délestent les éleveurs de leurs troupeaux, se sont ajoutés les coups de main menés par des groupuscules hostiles au régime de Bangui.

Sur un terrain où l'autorité de l'Etat centrafricain, financièrement exsangue, est toute théorique, cette insécurité a rapidement prospéré et frappe désormais plus de la moitié du pays. "L'armée fait face dans ces régions à des ennemis invisibles. D'un côté les +coupeurs de route+ et les bandes armées, de l'autre les mouvements de rébellion", explique un militaire centrafricain. "Les premiers opèrent sur les grands axes, dans les villages reculés et évitent au maximum d'affronter l'armée, alors que les seconds visent directement ses positions et tendent des embuscades à ses convois", ajoute-t-il.

A l'inverse des hommes de l'Union des forces démocratiques pour le rassemblement (UFDR), qui ont occupé en novembre plusieurs villes du nord-est du pays avant de s'en faire déloger par les soldats centrafricains et français, ces rebelles se sont pour l'heure contentés d'opérations coup de poing, comme à Paoua, Bocaranga et Sido le mois dernier.

La frontière entre ces assaillants "politiques" et leurs collègues "de droit commun" reste très floue. "On ne sait jamais qui est coupeur de route et qui est rebelle", confie un officier français en poste à Bangui.

Jusque-là, la multiplication des opérations des Forces armées centrafricaines (Faca) et le déploiement des soldats gabonais, tchadiens et congolais de la Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale (Cémac) n'ont pas réussi à endiguer la violence.

Au contraire, des voix de plus en plus nombreuses accusent les Faca de l'alimenter, en exerçant des représailles aveugles sur les populations. Des ONG humanitaires ont ainsi dénombré à plus de 400 les habitations incendiées par l'armée dans la seule région de la Nana-Grébizi, après une embuscade au cours de laquelle deux soldats avaient été tués.

"Les forces officielles et non officielles agressent chaque jour les populations. De nombreuses exactions sont commises au jour le jour. Des villages entiers sont incendiés", a récemment dénoncé l'Eglise catholique. En décembre, le Programme alimentaire mondial (Pam) a estimé à environ 150.000 les personnes déplacées par l'insécurité et "survivant dans la brousse avec à peine plus que la nourriture qui poussent autour d'eux". "Nous vivons ici une véritable crise humanitaire dans un des coins les plus oubliés du monde", a commenté son responsable local, Jean-Charles Dei.

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