CÔTE D'IVOIRE - COMMANDEMENT MILITAIRE : LA REBELLION DISPOSE DESORMAIS DE SES PROPRES FORCES DE L'ORDRE

6 Janvier 2007 , Rédigé par LE POTENTIEL Publié dans #NOUVELLES D'AFRIQUE

Côte d’Ivoire : partition de fait
(Le Potentiel 06/01/2007)
( 06/01/2007)


La rébellion ivoirienne vient de créer ses propres forces de l’ordre qui ont commencé les premières patrouilles jeudi dernier à Bouaké (Centre). Ces forces échappent au contrôle du haut commandement militaire à Abidjan et consacre tacitement la partition de la Côte d’Ivoire, éloignant ainsi l’application de la résolution 1721 des Nations unies. Cependant, de nombreuses langues se délient pour condamner le silence de la communauté internationale qui attend le pire pour intervenir.

Les forces nouvelles (FN) ont déployés jeudi dernier leurs forces de l’ordre travaillant indépendamment du haut commandement militaires de l’armée nationale. Ces gendarmes et Policiers ont effectué leurs premières patrouilles mixtes le jeudi dernier à Bouaké (Centre de la Côte d’Ivoire).

«Bonjour monsieur! Contrôle de routine de la gendarmerie». Sanglés dans des tenues bleues estampillées «gendarmerie FN», une dizaine de gendarmes de la rébellion des Forces nouvelles (FN) ont entamé à pied une de leurs premières patrouilles à Bouaké, sous les regards inquisiteurs des passants, a rapporté le Journal 20 minutes.

«Vos pièces (d’identité) s’il vous plaît!», lance un gendarme à un passant, avec un effort de politesse et de courtoisie.

«Je reviens du travail et j’ai oublié mes papiers à la maison», rétorque celui-ci, quelque peu gêné par les regards des curieux qui suivent de loin cette scène qu’ils n’ont plus revue depuis que les FN contrôlent Bouaké et le nord de la Côte d’Ivoire, après leur coup d’Etat manqué contre le président Laurent Gbagbo en septembre 2002.

PROFESSIONNALISATION DES TROUPES REBELLES

En vue de sécuriser le désarmement des combattants à venir, la police des Nations unies a formé 533 policiers et gendarmes issus de la rébellion, conformément à l’accord signé par les acteurs de la crise ivoirienne à Pretoria en juin 2005.

Les FN en ont profité pour déployer la première promotion de leurs forces de l’ordre dans le nord de la Côte d’Ivoire, dans le cadre de la «professionnalisation» de leur armée annoncée fin novembre par leur leader Guillaume Soro.

D’un simple geste de la tête, le gendarme autorise le passant, un flegmatique albinos à la quarantaine révolue, à rentrer chez lui.

Au même moment, un autre groupe fait arrêter de l’autre côté de la voie un minicar de transport en commun en partance pour Yamoussoukro (centre, capitale politique), à 100 km au sud en zone gouvernementale, pour vérification d’usage.

«Permis (de conduire) et pièces du véhicule s’il vous plaît!», demande l’agent au conducteur.

Habitué jusqu’ici aux contrôles de soldats armés aux entrées et sorties des villes aux mains de la rébellion, celui-ci s’exécute avec empressement, l’air amusé, avant de reprendre la route quelques minutes plus tard. «Notre objectif, c’est de montrer un nouveau visage des forces de l’ordre ivoiriennes», explique Yaya Koné, chargé de communication de la Direction générale de police et de gendarmerie de la rébellion (DGPG), faisant allusion aux «rackets» et «tracasseries», pratiqués par les policiers en zone gouvernementale du sud.

Par petits groupes de vingt-cinq, ces nouveaux gendarmes et policiers patrouillent sans armes sous la supervision d’un de leurs responsables ou de la police des Nations unies.

En plus des contrôles de routine qu’ils font avec leurs collègues gendarmes, les policiers sont chargés de réguler la circulation, pas très dense à Bouaké mais où les feux tricolores ne fonctionnent plus depuis quatre ans.

Mais l’exercice n’est pas toujours aisé, car ils ne parviennent pas souvent à faire respecter leur autorité aux automobilistes, dont certains refusent d’obtempérer.

LA COMMUNAUTE INTERNATIONALE INTERPELLEE

L’initiative des Forces nouvelles de se doter d’une force armée parallèle est perçue par plus d’une personne comme étant une partition de fait du pays. Une situation qui est de nature à entraver l’application de la résolution 1721 du Conseil de sécurité de l’Onu le préconisant le processus de désarment, démobilisation et identification des troupes avant la tenues des élections en octobre 2007.

Ainsi, la sécurité étant un domaine relevant de la souveraineté, les forces de l’ordre de la rébellion ivoirienne vont tout simplement aggraver le conflit avec le président Laurent Gbagbo et replonger de nouveau ce pays de l’Afrique de l’Ouest dans un chaos indescriptible.

Cependant, bon nombre d’observateurs se montrent de plus en plus critiques vis-à-vis de la communauté internationale qui accompagne le processus de paix ivoirien. Ils accusent l’Onu et les puissances occidentales de la passivité face à cette tentative de déstabilisation du pays par les Forces nouvelles.

Certains analystes soutiennent, par conséquent, que les puissances occidentales seraient complices dans ce processus de la déstabilisation de la Côte et du renversement du président Laurent Gbagbo. Il importe donc aux Ivoiriens de privilégier les intérêts supérieurs de la Nation au détriment des intérêts égoïstes des étrangers.

Par Pierre Emangongo

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