CHINE - AFRIQUE : LA CONQUÊTE DU DRAGON

4 Janvier 2007 , Rédigé par BOURSORAMA Publié dans #NOUVELLES D'AFRIQUE

La Chine fait les yeux doux à l'Afrique

Le ministre chinois des Affaires étrangères Li Zhaoxing a achevé jeudi une visite en Guinée-Bissau, dans le cadre d'une tournée en Afrique visant à resserrer les liens entre Pékin et les pays de la région avec force cadeaux et autres gestes d'amitié.

Lors de la première étape de son voyage, le Bénin, M. Li avait promis une aide de 36 millions de dollars (27 millions d'euros). En Guinée équatoriale, troisième producteur de pétrole africain, il a accepté d'annuler 75 millions de dollars (57 millions d'euros) de dette, selon la radio officielle.

Il a ensuite gagné la petite Guinée-Bissau, pays pauvre où la Chine a financé le bâtiment du Parlement et promet un barrage ainsi qu'un hôpital militaire. Après cette visite de deux jours, M. Li devait poursuivre l'offensive de charme au Tchad, Bénin, en République centrafricaine, Erythrée et au Mozambique.

Certains de ces pays sont déjà des pourvoyeurs de matières premières dont l'économie chinoise en pleine croissance a grand besoin. La Chine a fait de l'Afrique un élément central de sa stratégie économique.

Les échanges commerciaux entre les deux parties ont quadruplé depuis 2001, représentant 45 milliards de dollars (34 milliards d'euros) sur les dix premiers mois de 2005. Lors d'un sommet réunissant 35 chefs d'Etat à Pékin cet automne, les sociétés chinoises ont signé des accords pour un montant de 1,9 milliard d'euros (1,4 md d'euros) avec les entreprises et gouvernements africains.

En Afrique, la Chine a découvert un marché presque sans limite pour ses produits bon marché, alors que des pays riches en pétrole comme le Nigeria et l'Angola peuvent lui fournir des ressources naturelles permettant d'alimenter sa croissance.

Pékin se démarque de la formule occidentale qui lie depuis des décennies aide au développement et bonne gouvernance. "Les Chinois ne sont pas comme la Banque mondiale, ils ne fixent pas toutes ces conditions au versement de l'argent", souligne Edmundo Vaz, ancien conseiller du ministère des Finances de la Guinée-Bissau. "L'Occident nous fait attendre, mais nous sommes un pays pauvre, nous n'avons pas le temps d'attendre", ajoute-t-il.

La stratégie chinoise peut sembler particulièrement troublante pour la France, traditionnellement une puissance majeure en Afrique de l'Ouest, souligne Valérie Niquet, de l'Institut français des relations internationales (Ifri). "La Chine n'écoute pas toutes les préoccupations exprimées par Paris sur les stratégies de développement."

Interrogé sur le rapprochement de Pékin avec des pays accusés de violations des droits de l'Homme, notamment le Soudan et la République centrafricaine, M. Li a répondu: "Savez-vous ce que signifient les droits de l'Homme? C'est fondamentalement le droit de survivre et de se développer."

Reste que certains voient une forme d'exploitation dans les relations établies par le géant chinois avec des pays comme la Guinée-Bissau. Ils estiment que les cadeaux chinois -la construction du Parlement et de maisons pour les dirigeants de l'armée à Bissau- ne sont que la contrepartie de traités maritimes récents liant la Chine à l'ancienne colonie portugaise.

John Blacken, ancien ambassadeur des Etats-Unis en Guinée-Bissau, estime que la Chine a pêché pour 85 millions de dollars (64 millions d'euros) de poissons dans les eaux territoriales de la Guinée-Bissau. Le Parlement n'a coûté que 6 millions de dollars (4,5 millions d'euros). Le gouvernement de Guinée-Bissau "ne semble pas comprendre qu'il se fait systématiquement voler", ajoute-t-il. AP

lma/v555/st

Copyright 2006 The Associated Press. All rights reserved. This material may not be published, broadcast, rewritten or redistributed.

Partager cet article

Commenter cet article