R.C.A/TCHAD/FRANCE - INTERVENTION MILITAIRE : LE TRADITIONNEL SOUTIEN AUX DICTACTURES

23 Décembre 2006 , Rédigé par L.C.R Publié dans #NOUVELLES D'AFRIQUE

TCHAD-CENTRAFRIQUE : La France soutient les dictatures


Idris DebyAu Tchad et au Centrafrique, la France intervient militairement, dans la plus grande opacité, afin de soutenir ses intérêts néocoloniaux.

De passage dans la capitale du Tchad, N’Djaména, le 30 novembre dernier, Dominique de Villepin a indiqué que l’implication de l’armée française aux côtés des forces gouvernementales tchadiennes et centrafricaines, pour mater les mouvements de rébellion, avait pour but de « sécuriser la population et stabiliser la sous-région ». Ces interventions militaires sont caractérisées par leur opacité. D’abord, elles se font en l’absence de tout débat au Parlement. Ensuite, les informations officielles sur le nombre de soldats français impliqués, sur le nombre de victimes des bombardements aériens français, notamment sur les villes de Birao et Ndele (nord-est du Centrafrique), sont divulguées au compte-gouttes. Les troupes françaises étaient pourtant engagées dans des combats militaires au nord-ouest du Tchad depuis quelques mois...

Maintenir la stabilité de qui ? D’un Idriss Déby ? Ce « président » tchadien, totalement corrompu, a fait modifier la loi garantissant l’affectation des ressources issues du pétrole aux services sociaux de l’État pour les dilapider dans des achats d’armes ou les détourner à son profit. Il se maintient au pouvoir à coup de fraude électorale et vient de modifier la Constitution pour lui pouvoir se présenter une troisième fois à la présidence.

Quant au président du Centrafrique, François Bozizé, il n’a pas hésité, pour conquérir le pouvoir, à cautionner toutes les exactions de ses groupes armés contre la population civile, comme le souligne la Fédération internationale des droits de l’Homme (FIDH) : « Il est possible de conclure à la responsabilité pénale individuelle du général Bozizé. D’autant qu’aucune sanction n’a été prise par le général Bozizé - devenu président autoproclamé le 15 mars 2003 - contre les présumés auteurs de ces actes, alors qu’il reconnaît publiquement que des crimes ont été commis par ses troupes. »

En Centrafrique, l’espérance de vie s’élève à 42 ans et la mortalité infantile atteint 11,5 % !

Certes, de l’autre côté, les rebelles ne valent pas mieux. En Centrafrique, il s’agit d’ex-partisans de Bozizé, qui ont fait le coup d’État contre le président Félix Ange Patassé et qui s’estiment mal récompensés. Un rapport de l’Union africaine dénonçait leurs méthodes : « [Leurs] attaques sont perpétrées avec des armes de guerre par des groupes déterminés à terroriser les populations civiles. » Au Tchad, les factions armées sont des plus hétéroclites. Certaines sont soutenues par le Soudan, comme le Front uni pour le changement (FUC), d’autres regroupent d’ex-partisans de Idriss Déby. Les populations sont prises en otage entre les exactions des rebelles et celles des forces militaires officielles.

Alors que fait la France ? Au lieu de soutenir les solutions politiques qui permettent aux populations des deux pays de pouvoir bénéficier des mêmes droits, des mêmes ressources, elle appuie une fraction contre une autre. La France n’a pas abandonné sa politique néocoloniale faite de coups tordus. Hier, au Tchad, contre le « péril libyen », elle soutenait Hissène Habré, aujourd’hui inculpé de crimes con- tre l’humanité - il a fait plus de 45 000 morts en massacrant des civils au seul motif qu’ils appartenaient à la même ethnie que ses opposants. Quant au Centrafrique, le soutien au dictateur en place est une tradition qui remonte à Bokassa !

Si, aujourd’hui, le Tchad et le Centrafrique sont dans cette situation dramatique, c’est bien parce que la France a soutenu, depuis des décennies, un système politique cautionnant l’arrivée au pouvoir par la force, les élections truquées et la persécution des oppositions. Le départ des troupes françaises est donc un impératif car, loin de permettre la paix, celles-ci ne font qu’alimenter les conflits armés.

Paul Martial

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