De Bagdad à Bangui : la faillite des impérialismes

14 Décembre 2006 , Rédigé par le MESSAGER Publié dans #NOUVELLES D'AFRIQUE

De Bagdad à Bangui : la faillite des impérialismes



JPEG - 9.7 koL’on se souvient de cette leçon magistrale de géopolitique au Conseil de sécurité de Dominique De Villepin alors ministre des affaires étrangères de la France, à la veille de l’invasion de l’Irak par les forces anglo-américaines. La France était farouchement opposée à la guerre et n’hésitait pas à déployer toutes sortes d’arguments sur l’irréalisme d’une action militaire qui n’avait ni l’aval réel du peuple irakien ni le soutien de la communauté internationale.
S’il est incontestable que la suite des événements a largement donné raison à la France, on ne peut pas manquer de s’étonner, à la lumière de la guerre actuellement conduite par elle au Tchad et en Centrafrique, qu’elle ne tire pas de leçons de cette foireuse aventure américaine.
Ceux qui lancent les flammes sur les populations à partir des avions mirages, à N’djamena et à Bangui, disent agir pour des raisons géostratégiques, pour éviter un bouleversement des données dans la sous région. C’est comme si nous nous trouvions en 1960 ou en 1970, époques où tous les crimes, les assassinats et les viols massifs des consciences, reposaient sur ce prétexte fallacieux. C’est au nom de cela, que les Moumié Félix Roland furent assassinés, que Ruben Um Nyobè fut pourchassé et abattu lâchement. C’est au nom de tout cela que notre pays porte, dans sa gouvernance du moment, les couleurs de la misère, de l’obscurantisme, de la perversion et de la perdition.
Plus d’un quart de siècle après la fin officielle de la colonisation, la France, toutes générations confondues, invoque toujours des accords de défense bizarre conclu avec des marionnettes sans légitimité ni légalité, pour bloquer l’émancipation des populations de ses anciennes colonies.
La réalité est ailleurs, dans cette recherche permanente de domination des espaces et des nations, pour le profit des oligarchies et des bourgeoisies insatiables de l’Occident. Les justifications dites stratégiques ne sont que les arguments de ces esprits simples qui n’ont rien inventé d’autre pour soutenir les idéologies criminelles. Toutes les normes du droit international positif ont évolué, mais les doctrines d’asservissement des peuples africains et de promotion des dictatures à leurs têtes sont restées intactes.
Aux pires moments du régime d’apartheid en Afrique du Sud, on nous annonçait qu’il était impossible pour l’Occident d’abandonner ce pays aux mains des terroristes qui n’étaient alors que l’Anc piloté depuis son confinement carcéral par un certain prisonnier. L’embargo décidé par de multiples résolutions des instances de la diplomatie planétaire ne fut jamais respecté. On nous annonçait que laisser les noirs prendre le pouvoir équivalait à livrer l’Afrique entière, du Cap jusqu’aux berges de la méditerranée, à des voyous, des païens et des sauvages qui allaient instaurer le cannibalisme comme idéologie de gestion.

Depuis, l’Afrique du Sud a changé de mains, de tête et de destin, mais tous les dangers annoncés et toutes les apocalypses envisagées, n’ont pas vu le jour. Ce que l’on présentait dans une peinture de hauts risques et d’incertitudes est devenu le miroir d’une émergence diplomatique et économique, et un modèle de coexistence de peuples de races différentes.
La France est en guerre à Bangui pour sauvegarder une stabilité dont elle est seule à connaître le bien fondé. Il n’y a pas et il ne saurait y avoir de légitimité pour des interventions aussi brutales et aussi ouvertes dès lors qu’il apparaît clairement que le pouvoir en place est une pure ordure vomie par le peuple local. Ce que les médias à la solde de cet impérialisme bancal nous présentent comme une guerre propre, n’est pas du tout différent de ces péripéties de génocide en pays Bassa et en pays Bamiléké au Cameroun dans les années de lutte de libération. En réalité, un Cameroun dirigé par Ruben Um Nyobè n’aurait jamais été ce que la propagande colonialiste en disait, de même que l’Iran nationaliste de Mossadeh, ne menaçait nullement les intérêts réels des Etats - Unis ni la stabilité du monde.
Le retour du bâton après les suppressions brutales des aspirations populaires et citoyennes, sont assez instructives au regard de la situation irakienne actuelle. La tentative de soumettre les peuples pour des raisons apparentes, qui en réalité cachent des volontés de copinage des classes dominantes de l’Occident avec des potentats de toutes natures, aboutit au développement d’un sentiment tenace de vengeance. Nous assistons alors, à la poussée de la haine dans tous les actes posés par plusieurs générations contre les citoyens originaires des pays dominateurs. Les citoyens américains en savent quelque chose.
Un peuple qui a vécu la guerre et connu l’occupation par un régime génocidaire comme celui d’Hitler, ne peut pas produire tranquillement des gouvernements qui vont en Afrique soutenir des dictatures de gangsters. Le plus surprenant dans cette affaire, c’est la relative unanimité de la classe politique française et le silence absolu de ce qui tient lieu d’intellectuels, d’hommes de sciences et de lettres dans ce pays dit berceau des droits de l’homme.
Pourtant, l’expérience historique nous étale cette vérité cruelle selon laquelle, du Vietnam à l’Afrique du Sud, et en dépit des souffrances, des assassinats des Steve Biko et des Ernest Ouandjié, les peuples finissent par conquérir leurs dignités et leurs libertés, sans que la carte du monde change. Demain, lorsque l’Afrique sera devenue aussi le terrain fertile des enlèvements et des décapitations des blancs venus soutenir les dictateurs et maintenir l’ordre cruel du pétrole ou du diamant, on comprendra mieux la vanité insensée des prédateurs, et la faillite incontestable des impérialismes.
A Bagdad, à Bangui, ou à N’djamena, ce n’est qu’une question de jours. Tous ces régimes, y compris leurs semblables qui ne sont pas cités, tomberont comme de petites mangues pourries. Les avions et les géostratèges de Paris, Londres, Washington ou Bruxelles, n’y pourront rien.
 

Le messager

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