CENTRAFRIQUE - VIOLENCES : TRES VIVES TENSIONS ENTRE POPULATION CENTRAFRICAINE ET COMMUNAUTE TCHADO/MUSULMANE

12 Décembre 2006 , Rédigé par A.F.P Publié dans #CENTRAFRIQUE INFOS

 Le ressentiment anti-tchadien gagne une partie de la population

BANGUI (AFP) - mardi 12 décembre 2006 - 10h23 - La tension s'est brusquement amplifiée à Bangui entre la communauté "tchado-musulmane" et une partie de la population, lasse du comportement de certains membres tchadiens de la Garde républicaine et de l'étroite dépendance diplomatique de la Centrafrique vis-à-vis de N'Djamena.

Une altercation presque banale entre militaires jeudi soir a mis le feu aux poudres, quand, dans le quartier du PK12, à la sortie nord de la capitale, un incident éclate entre un gendarme et un Tchadien chargé de la sécurité du président centrafricain François Bozizé.

Les versions varient selon les interlocuteurs. Reste le bilan officiel, selon lequel le membre tchadien de la Garde républicaine a été "tué par la population en colère et son corps brûlé".

Certaines sources, depuis démenties par les autorités, ayant fait état de la mort d'un ou plusieurs gendarmes centrafricains par les soldats tchadiens, l'atmosphère s'est dégradée au PK12.

Le gouvernement déplore ainsi des "actes de vandalisme", des "attaques à main armée" et des "manifestations de haine" entre les communautés. En réalité, la tension était déjà latente.

"C'était une querelle d'ivrognes, mais la population est lasse des Tchadiens qui se comportent en terrain conquis et se croient tout permis", estime-t-on de source militaire proche de la présidence. "Les Tchadiens de la Garde républicaine ont un comportement plus que limite", confirme un haut responsable centrafricain qui a requis l'anonymat.

Ces Tchadiens sont arrivés à Bangui avec le général Bozizé, lors de son coup d'Etat du 15 mars 2003. Parti du sud du Tchad pour renverser son prédécesseur Ange-Félix Patassé, l'ex-rebelle et actuel chef de l'Etat a été activement aidé par le président tchadien Idriss Deby Itno.

Une fois installé au pouvoir, le président Bozizé n'a pas été abandonné par son parrain de N'Djamena: des soldats tchadiens assurent sa sécurité, d'autres participent à une force multinationale de la sous-région, et enfin des renforts ont été dépêchés par le Tchad dans le nord de la Centrafrique en novembre, lorsque la menace rebelle se faisait pressante.

Mais leur présence est jugée envahissante par la population. Déjà tendue, la cohabitation s'est encore détériorée fin octobre, lorsque les rebelles de l'Union des forces démocratiques pour le rassemblement (UFDR) ont conquis une partie du nord-est du pays.

Les chefs de cette coalition hétéroclite sont d'anciens "libérateurs" qui ont combattu aux côtés du rebelle Bozizé en 2003. Ils sont aussi, pour certains, musulmans et/ou d'origine tchadienne.

En outre, les autorités ont rapidement accusé le régime musulman du Soudan voisin de soutenir les rebelles. D'amalgame en généralisation, "la cohabitation s'est tendue entre la communauté tchado-musulmane et le reste de la population, qui en a marre des rébellions", justifie le haut responsable.

Dans ce climat tendu, l'attitude du pouvoir attise les rancoeurs.

Invité la semaine dernière à Khartoum par son homologue soudanais Omar el-Béchir, qui avait même dépêché à Bangui un avion pour son transport, le président Bozizé a finalement décliné l'offre, et l'appareil est reparti bredouille. Officiellement, la Centrafrique préfère attendre l'organisation d'un sommet à trois avec le président Deby.

En fait, "Deby n'a pas voulu que Bozizé y aille par peur que Béchir tente de scinder l'axe N'Djamena-Bangui", glisse le haut responsable centrafricain. "Cela augmente le ressentiment de la population vis-à-vis du Tchad", déplore-t-il, "car on a l'impression qu'il nous dicte nos positions".

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étudiant centrafricain 14/12/2006 07:22

le silence de bozizé face aux évènements du pk12 est assez révélateur de la décomposition longtemps annoncé et aujourd'hui confirmé de l'état centrafricain.Ce monsieur n'aurait jamais dû prendre le pouvoir.
Les ex-libérateurs devenus tortionnaires en chef du peuple centrafricain sous le regard complaisant d'un président qui a vendu son pays,son peuple pour accéder au pouvoir.C'est tres grave
Que reste -il désormais à Bozizé ?
Un président qui se coupe du peuple est un président fini,la chûte de Bozizé viendra du peuple