Villepin, Sarkozy et l'Afrique

6 Décembre 2006 , Rédigé par MARIANNE Publié dans #NOUVELLES DU MONDE

Villepin, Sarkozy et l'Afrique
 - par Alex Margot-Duclot

Le gouvernement a travaillé dans un «esprit collégial», a insisté Dominique de Villepin (à D.), accompagné de Nicolas Sarkozy.(Photo : AFP)En visite au Tchad, en Centrafrique et en Afrique du Sud, Dominique de Villepin a revendiqué l’héritage gaulliste en affirmant que la France se devait « d’être aux côtés des Africains ».

 Coïncidence de calendrier, Dominique de Villepin a commencé sa tournée africaine jeudi 30 novembre, jour officiel de la déclaration de candidature de Nicolas Sarkozy dans les quotidiens régionaux. Une manière pour le Premier ministre de s'éloigner de la vie politique nationale, au moment où son ministre de l'Intérieur a choisi d'officialiser, enfin, sa candidature. Mais pas seulement. Les divergences sur la politique française en Afrique sont un nouveau chapitre de la rivalité entre les deux hommes. Avec en ligne de mire, la légitimité de l'héritage gaulliste, indispensable aux candidats – potentiels ou déclarés – de l'UMP à la présidentielle.

La tournée africaine de Villepin illustre bien cette confrontation. Celui-ci s'est rendu au Tchad et au Centrafrique pour discuter notamment de la crise au Darfour, qui déborde et menace l’intégrité de ces deux pays. Sur la même longueur d’onde que Paris, Ndjamena et Bangui se sont prononcés en faveur du déploiement d’une force hybride ONU-Union africaine à leurs frontières avec le Soudan. Dernière étape de son voyage, l’Afrique du Sud, où Dominique de Villepin s’est prononcé pour un « rapprochement politique, économique et culturel » de la France et du continent africain. Une réaffirmation du rôle de la France à l’heure où elle perd de l’influence au profit de pays comme les Etats-Unis et surtout la Chine.

Le Premier ministre salue aujourd'hui son voyage comme une « avancée diplomatique majeure  ». Défendant la « grandeur » d'une France impliquée dans les affaires africaines, solidaire de ses anciennes colonies, Villepin cultive encore le mythe du pré carré français et le fait savoir. En évoquant la « responsabilité spécifique » de la France dans la région, en rappelant qu'il connaît « personnellement » de nombreux dirigeants africains (lui qui a passé une partie de son enfance au Maroc) Villepin affirme une filiation gaulliste – et chiraquienne – en matière de politique africaine.

Sarkozy a un avis bien différent sur la question. L'héritage gaulliste n'est pas son apanage. On se souvient de son voyage tonitruant au Bénin et au Mali fin mai 2006, où il avait ouvertement critiqué la « Françafrique », prônant là encore la rupture ou le désengagement progressif de la France dans les affaires africaines.  « La France, économiquement, n'a pas besoin de l'Afrique », avait-il déclaré le 19 mai, au moment même ou était adopté son projet de loi controversé sur l'immigration. Puis c'était à New York, en septembre, où il fustigeait « la grandiloquence stérile » de la diplomatie française lors de la guerre en Irak. Sa conception du rôle de la France dans les relations internationales, de son rayonnement, de son influence, n'a plus grand chose du gaullisme, ce qui n'est pas le moindre des paradoxes pour le principal candidat du parti s'en réclamant.

Partager cet article

Commenter cet article