CÔTE D'IVOIRE - AFFAIRE DES DECHETS TOXIQUES : TENSIONS ENTRE GBAGBO ET BANNY

1 Décembre 2006 , Rédigé par JEUNE AFRIQUE L'INTELLIGENT Publié dans #NOUVELLES D'AFRIQUE

Déchets toxiques d'Abidjan: le camp Banny accuse Gbagbo de "dérapage"
CÔTE D'IVOIRE - 29 novembre 2006 - par AFP

actualité afriqueUn conseiller du Premier ministre Charles Konan Banny a dénoncé mercredi le "dérapage" du président Laurent Gbagbo dans l'affaire des déchets toxiques, confirmant la tension entre les deux hommes à deux jours d'une rencontre internationale sur le processus de paix ivoirien.

"On ne peut pas, comme le président le fait, faire passer les intérêts égoïstes et particuliers avant ceux du peuple ivoirien. C'est un dérapage qui frise l'irresponsabilité", a déclaré à l'AFP Adama Bictogo, l'un des conseillers politiques du Premier ministre.

M. Bictogo a ainsi confirmé l'opposition de M. Banny aux décrets signés dimanche par le président qui prévoient la réintégration de responsables administratifs suspendus par M. Banny après le scandale des déchets toxiques.

Ces dirigeants avaient été épinglés dans un récent rapport de la commission nationale d'enquête sur les déchets toxiques, mandaté par M. Banny. Ce texte accable notamment le directeur du Port autonome d'Abidjan (PAA), Marcel Gossio, un proche de M. Gbagbo, jugé "complice" des pollueurs.

"Ces décrets présidentiels viennent réinstaller des gens dont les responsabilités ont été identifiées" dans une affaire "qui a entraîné la mort de dix personnes", a regretté M. Bictogo.

Lundi soir, M. Banny avait demandé au président de "surseoir" à ces décrets.

M. Gbagbo y a opposé mardi une fin de non recevoir, en soulignant qu'il était l'"unique détenteur du pouvoir exécutif".

Pour M. Bictogo, M. Gbagbo a délibérément choisi de "prendre le prétexte des déchets toxiques" pour bloquer le processus de paix parrainé par la communauté internationale, qui lui a imposé M. Banny à la fin 2005.

"Quel est l'intérêt de précipiter la réinstallation de responsables administratifs? Il s'agit d'une volonté manifeste de sa part de refuser l'application de la résolution 1721 de l'ONU", a-t-il ajouté.

Adoptée le 1er novembre, la 1721 a prolongé d'un an les mandats de MM. Gbagbo et Banny en donnant à ce dernier des "pouvoirs élargis" pour réunifier le pays, coupé en deux depuis une tentative de coup d'Etat contre M. Gbagbo en septembre 2002, et organiser des élections, sans cesse reportées depuis 2005.

Les nouveaux pouvoirs de M. Banny sont contesté par le président Gbagbo, qui les juge en partie contraires à la Constitution.

"Le président avait annoncé qu'il prononcerait fin novembre un discours sur les suites du processus de paix. A la place, il a choisi de dresser un obstacle à la mise en oeuvre de cette paix", a noté M. Bictogo.

"Or il ne peut y avoir deux Côte d'Ivoire. On ne peut pas appliquer la 1721 sans respecter un certain nombre de principes", a-t-il conclu, en soulignant que le Premier ministre "sait ce qu'il a à faire et gardera le cap".

Cet affrontement jusqu'ici feutré, le plus sérieux depuis la mise en place du tandem Gbagbo/Banny, a ravivé les tensions politiques à Abidjan, à deux jours de la réunion mensuelle du Groupe de travail international (GTI) chargé d'évaluer les progrès du laborieux processus de paix ivoirien.

La tenue de cette rencontre a été confirmée mercredi par l'Opération des Nations unies en Côte d'Ivoire (Onuci) à Abidjan.

Lors de sa dernière réunion, le 8 septembre, le GTI, régulièrement dénoncé par les partisans de M. Gbagbo, avait souligné la "mauvaise volonté" des acteurs de la crise ivoirienne à faire avancer le processus de paix, et réclamé davantage de moyens pour M. Banny.

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