République centrafricaine : Les deplacés de Paoua dans l’incertitude

21 Août 2009 , Rédigé par Relief web Publié dans #CENTRAFRIQUE INFOS

Au moins 120.000 déplacés vivent loin de leur milieu habituel : dans la brousse, dans les villes et villages avoisinants des leurs, fuyant les effets des conflits qui ont marqué le nord de la République Centrafricaine ces dernières années.

La localité de Paoua, dans le nord-ouest, compte à elle seule quelque 25.000 déplacés internes. 4 années après le conflit armé qui a opposé les rebelles de l'APRD, ceux de l'UFR aux Forces armées centrafricaines, la ville de Paoua n'a pas encore retrouvé sa chaleur d'antan ; ce malgré les efforts de reconstruction menés avec l'appui des organismes présents dans la région et les ONG. Ces efforts, on le constate par des toitures neuves dans toute la ville, comme l'avait annoncé l'ambassadeur haut représentant de France à Bangui, Son Excellence M. Jean-Pierre Vidon.

Il faut également dire que beaucoup de villages, sur les différents axes desservant la localité de Paoua que les villages, sont désertés par leurs habitants. De gros villages abandonnés par les populations qui préfèrent vivre dans la brousse. C'est ainsi que des camps de déplacés sont créés à l'intérieur de la brousse, loin du confort des services de sociaux de base que sont les écoles pour les enfants en âge scolaire, les services de santé, les forages et autres ainsi que des centres commerciaux pouvant leur permettre de se procurer sel, savon, pétrole...

Dans les villages abandonnés, on ne retrouve que des maisons, même avec des toitures en tôles, des maisons en chaume, des murs restés debout sans toiture, des pans de mur restés debout, des maisons détruites pour ne pas être abritées. Tout cela envahi par les hautes herbes. Les gens vivent dans la brousse dans quelles conditions ? Ils vivent dans des habitations de fortune, à la merci de la nature. Les services de base, ils les reçoivent des ONGs qui se déplacent à leur rencontre pour leur venir en appui. Des écoles de brousse ont été érigées, les semences distribuées, les services de santé apportés, l'aide alimentaire par la distribution de vivres apportés par le Programme alimentaire mondiale (PAM). L'aide du PAM qui, au départ était considérée d'aide urgence, a au cours des évènements pris l'allure d'aide au développement. Elle incite les populations à la confiance et permet pour certains de regagner leur localité habituelle. Elle sert également pour appuyer le programme éducatif.

 L'aide sert également dans le programme nourriture contre travail. Dans ce sens, on n'est parvenu avec l'adhésion de beaucoup de population et des enfants soldats à aménager les bas fonds ou réhabilitation des voies de communication pour désenclaver certains villages et zones difficiles d'accès. Interrogés, Véronique, venue recevoir l'aide du PAM, nous déclare qu'elle habite avec ses enfants (5) et son mari dans la brousse. Selon cette dernière, leur maison est incendiée à la suite des évènements. Aussi elle a perdu tous ses biens et greniers. Ne sachant à quel saint se vouer, ils ont pris le chemin de la brousse avec les autres. Sur la question de leur retour au village, elle nous déclare qu'elle a peur des hommes en armes qui circulent tout le long des axes et surtout des forces régulières. Elle a peur des exactions dont elle et ses congénères sont les victimes. C'est pourquoi elle a choisi de rester dans la brousse. Très loin, elle poursuit en disant qu'elle resterait aussi longtemps dans la brousse, le temps que la localité retrouve la paix et qu'il n'y aura plus d'hommes en armes, a-t-elle ajouté. C'est pourquoi, la situation des déplacés en général et surtout ceux de Paoua interpelle plus d'un et en premier lieu les autorités.

A qui profite la situation dans laquelle se trouve la population de Paoua? Il faut dire que cette situation desserve tout le monde, tous les acteurs en présence. Comme le raconte les humanitaires sur place, nous sommes dépassés et épuisés par la situation des déplacés car, elle ne s'améliore pas. Combien de fois les humanitaires, combien de fois nous qui sommes directement impliqués de près pour être responsables de cette situation?

Quand interviendront le désarmement, démobilisation et réinsertion pour soulager la souffrance des populations de Paoua?

Jeudi 20 Août 2009
M.J. Poubalandji

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