Dans ce cas précis, qui s'est soucié de l'intérêt national en prévoyant un malaise social qu'il fallait éviter ? N'est-ce pas l'Opposition ?
Qui est alors défaillant dans sa mission de recherche ou de préservation du bien être de la population, carence qui débouche aujourd'hui sur un malaise social ? N'est-ce pas le pouvoir ?
Par sa déclaration n°10 du 18 avril 2006, l'ADP a condamné la fermeture de la frontière avec le Soudan, à la suite du conflit opposant ce pays au Tchad. L'ADP avait estimé que les deux pays ayant des liens séculaires d'amitié, de fraternité et de bon voisinage avec la République Centrafricaine, un tel acte allait être interprété comme si elle a pris fait et cause pour l'un d'entre eux, au lieu d'observer la neutralité et exercer la médiation pour ramener la paix dans leurs rapports.
L'ADP avait pour cela demandé au Gouvernement de revenir sur sa décision à cause des multiples conséquences notamment sécuritaires et commerciales prévisibles que cette mesure allait engendrer.
C'est moins de deux semaines après le conseil donné par l'ADP que des avions ont commencé à atterrir à TIRINGOULOU avec la suite que tout le monde connaît aujourd'hui.
Dans ce cas précis, qui a vu juste et à temps dans l'intérêt national ? N'est-ce pas l'Opposition ?
Qui est alors défaillant dans sa mission de sécurité ? N'est-ce pas le pouvoir ?
L.C. : Certains intervenants de la Convergence KWA NA KWA soutenant l'action du Président de la République ont clairement accusé l'opposition de soutenir la rébellion. Cela ne viendrait-il pas du fait que l'opposition a demandé que la rébellion prenne part au dialogue politique proposé ?
O.G.: Je sais qu'il y a dans ce pays des compatriotes dont la spécialité est de chanter les louanges de tous les régimes qui se succèdent au pouvoir.
Ces griots de service passent généralement d'un régime à un autre sans complexe et sont bien connus. Comme nos dirigeants aiment la complaisance, les louanges qui les écartent malheureusement des réalités quotidiennes, ils tombent souvent dans le piège de la flatterie, de la fourberie, avec toutes les conséquences que nous observons de régime en régime et dont le pays tout entier est presque éternellement la victime.
Ce qui rassure tout de même, c'est qu'au cours de cette concertation, ces griots ont été moins nombreux que les dignes femmes et hommes qui ont fait preuve d'une grande sagesse dans leurs interventions et déclaré la vérité sur la réalité du pays au Président de la République.
Normalement, le pouvoir a tous les services d'investigations, tous les moyens pour savoir exactement ce qui se passe dans le pays et punir s'il le faut, ceux qui enfreignent les lois de la République.
S'il a les preuves que l'opposition soutient une rébellion armée, ce qui est condamnable, pourquoi n'en poursuit-il pas les auteurs au lieu de chercher à jeter du discrédit, de l'opprobre sur elle par l'intermédiaire de ses marionnettes ?
La demande de la participation de la rébellion armée au dialogue politique faite par l'Opposition se justifie pleinement pour plusieurs raisons.
La première raison est que la République Centrafricaine ne doit pas subir continuellement un cycle infernal de rébellions, de coups d'État par des hommes en tenue, en armes dont la mission n'est pas de diriger le pays, mais d'assurer sa protection, sa sécurité.
Hier, une rébellion armée a pris le pouvoir, s'est légitimée par des élections, gère le pays d'une manière qui devient les motifs d'une autre rébellion. Cela signifie que si celle-ci réussit, une autre va surgir à son tour et ainsi de suite.
Il nous faut arrêter définitivement ce cycle infernal, car il serait irresponsable de la part de ceux qui aiment réellement leur pays de fermer les yeux sur un tel danger de nature à remettre constamment en cause non seulement la paix nécessaire à la reconstruction nationale, mais à créer un profond enlisement à la République centrafricaine.
Un dialogue réunissant tous les auteurs d'un tel danger est nécessaire pour rechercher une solution définitive, dans l'intérêt des institutions de la République.
La deuxième raison qui justifie un tel dialogue est qu'il serait également irresponsable de la part de ceux qui aiment réellement leur pays de demeurer impassibles, voire de simples spectateurs d'un affrontement entre deux camps armés, notamment le Gouvernement qui opte pour une solution militaire en réponse à la rébellion qui de son côté, utilise les armes pour conquérir le pouvoir. Il est évident qu'au milieu d'un tel feu, c'est la population civile qui en sera la victime expiatoire.
L.C: Pensez-vous que d'autres compatriotes partagent l'idée d'un dialogue avec la rébellion armée ?
O.G: Même si le pouvoir comprend ou perçoit autrement ce dialogue, une chose est certaine, au cours de la réunion présidée par le Chef de l'État le 28 juillet 2006, il s'est lui-même aperçu qu'indépendamment de l'Opposition, les intervenants sont pour la majorité favorables à ce mode de solution.
L'Opposition ne s'est finalement pas trompée par son absence car non seulement la réunion s'est terminée sans de véritables solutions immédiatement applicables, durables, mais la réalité des problèmes soulevés par les différentes couches de la population démontre clairement la nécessité du dialogue réclamé comme moyen approprié pour les résoudre.
LC.: Il y a des voix qui s'élèvent contre le dialogue ou qui estiment que c'est le rôle du Comité de Suivi des Actes du Dialogue National pour cette solution.
Qu'en pensez-vous, surtout que vous avez été Vice–Président du Comité de Suivi des Actes du Dialogue National avant de vous en retirer. ?
OG: Tout d'abord ceux qui s'opposent à tout dialogue n'aiment pas la paix, et par voie de conséquence, leur pays.
Nous devons jeter un coup d'œil autour de nous pour nous rendre compte que la solution armée avec tous les désastres qu'elle peut causer, n'a jamais réglé comme il faut un problème.
Les pays qui ont opté pour la solution militaire sont le plus souvent obligés d'utiliser le dialogue, mais malheureusement après des destructions en vies humaines et en biens qui les forcent à recourir à ce procédé. L'exemple de la recherche d'une paix négociée a poussé aujourd'hui à aller vers des rebelles dans l'épaisse jungle africaine après près de 20 années d'affrontement, de pertes de milliers de vies humaines et de destruction de biens.
Si nos dirigeants préfèrent appliquer une telle expérience dans un pays où la réconciliation et la paix ne sont pas consolidées, où la pauvreté atteint des proportions alarmantes, dont l'économie ne permet déjà pas de faire face aux salaires mensuels et sur laquelle devrait dans ce cas peser l'effort de guerre, c'est à eux de juger et de prendre la responsabilité éventuelle de leur décision devant l'histoire et la nation.
En ce qui concerne le Comité de Suivi des Actes du Dialogue National, cet organe ne constitue pas un passage obligé pour tout dialogue en Centrafrique.
La tendance a été de faire croire que l'idée d'un dialogue politique émise par l'Opposition est une remise en cause du Comité de Suivi des Actes du Dialogue National, qui serait, selon les auteurs d'une telle affirmation, le seul organe devant coiffer tout dialogue en Centrafrique.
Les partis politiques dont certains sont aujourd'hui dans l'Opposition, ont pris activement part au Dialogue National et ont participé à l'élaboration ainsi qu'au vote de ses recommandations.
Ils ne les remettent pas en cause mais déplorent tout simplement l'absence de volonté du Gouvernement de les appliquer.
Le dialogue proposé par l'Opposition s'inscrit au contraire dans la droite ligne de l'une des recommandations du Dialogue National qui demande le recours systématique à la concertation, au dialogue comme mode de règlement de tout différend en République Centrafricaine.
Le Comité de Suivi des Actes du Dialogue National (CSADN) ne peut au contraire que se réjouir du respect par l'Opposition de l'esprit de paix, de conciliation prôné par le Dialogue National.
A ce titre, il appartient au contraire au CSADN d'encourager le recours au dialogue proposé par l'Opposition car cette solution est justement l'une des recommandations du Dialogue National dont il est chargé de suivre l'application.
Il convient même de noter qu'entre le pouvoir et l'Opposition, le mauvais élève du Dialogue national est précisément le pouvoir qui ne sait pas ou ne veut pas utiliser le dialogue comme mode de règlement de conflit, preuve de la négligence de la volonté du plus grand nombre, ce qui est incontestablement un très grave danger pour la démocratie naissante dans notre pays.
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